[review] Wonder Woman, dieux et mortels tome 2

Après la chronique du premier tome par Sonia il y a un an, c’est à mon tour de vous présenter la suite du cycle unique de George Pérez sur Wonder Woman.

Un résumé pour la route

Wonder_Woman_Perez_1Dans ce deuxième tome, Urban intègre les épisodes Wonder Woman 15 à 24, Annual Wonder Woman 1 et Action Comics 600 publiés en 1987-1988. George Pérez (Teen Titans, Crisis in Infinite Earths, The Avengers) s’occupe des dessins et du scenario. Il est aidé en début de volume par Len Wein (X-Men, Swamp Thing). Cette affiche est déjà haut de gamme mais même les épisodes annexes sont remarquables. L’épisode d’Action Comics est scénarisé et dessiné par John Byrne. Action comics 600 s’intègre très bien au récit de Diana. On sent une collaboration plus qu’un épisode seulement de rencontre. Le rôle d’encreur de Pérez a-t-il facilité cette collaboration ? L’annual rassemble plusieurs dessinateurs dont Art Adams, Brian Bolland

Dans le tome précédent, Diana, Wonder Woman, vient de battre Arès et donc de sauver l’Olympe. Sur terre, entourée par la publicitaire Myndi Mayer, l’archéologue Julia Kapatelis et sa fille adolescente Vanessa, Diana cherche à devenir une figure positive sur Terre.

On en dit quoi sur Comics have the Power ?

Contrairement à ce qui me plaît souvent, Pérez ne multiplie pas les arcs narratifs au sein des épisodes mais il suit un seul fil puis un autre. Il réussit à marier de profondes réflexions avec des passages d’action très rapide. Len Wein et George Pérez rédigent de belles phrases poétiques. Ces scénaristes ne se moquent pas du lecteur car il y a beaucoup de texte mais ce n’est jamais inutile ou pesant. On prend le temps de lire chaque épisode et de se délecter du dessin. Dans le tome précédent, l’amour triomphe en défaisant Arès. Pérez prouve qu’une série peut être grandiose et optimiste. Dans ce tome, Peréz est plus nuancé. Aucun épisode ne présente un bonheur total mais il y a toujours des passages sombres avant d’accéder à la lumière.

Wonder Woman est une excellente série féministe par son personnage principal. Diana n’a pas besoin d’un homme pour être une personne accomplie. Elle se débrouille seule et se bat pour les autres. Elle refuse la prédation et la domination masculine. Cependant Wonder Woman n’est jamais parfaite car elle pense et doute. Par la découverte du monde et de la complexité des sentiments humains, Diana poursuit sa découverte des sentiments par sa vie à l’extérieur de l’île des Amazones. Au cours de son arc, elle s’humanise progressivement et tombe amoureuse de Superman. Wonder Woman intègre différentes sororités – des groupes de femmes – avec les Amazones, une famille féminine de substitution avec le professeur Julia Kapatelis et Vanessa.

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Pérez présente une galerie unique de personnages féminins. Chacune est différente et subtile. Chacune, même la plus secondaire ou temporaire, ne sert pas un message mais est touchante. Certaines femmes ont un rôle positif auprès de Diana. Le professeure Kapatelis, au passé amoureux douloureux, est rebelle. Elle s’oppose à Hermès et insiste sur son individualité – elle refuse qu’Hermès l’appelle femme mais plutôt professeur. Mais il y a aussi des personnages féminins perturbées et même néfastes. Silver Swam est prise dans un amour abusif et se fat manipuler alors que Diana est libre. Circé et Hécate représentent la figure de la vengeance féminine. Elles seraient à l’origine de la guerre des sexes et elles disparaîtront si les sexes s’entendent.

Wonder Woman navigue constamment entre la Terre et l’Olympe. Pérez semble s’être fortement documenté sur la religion grecque. Il intègre non seulement des nombreux personnages de ce riche panthéon – les dieux, Hercule, les Titans, Circé – mais surtout il reprend la complexité des dieux grecs. Les dieux se querellent entre eux. En effet, les divinités ne sont pas parfaites mais elles sont complexes par leurs défauts et leurs pulsions. Elles ne sont donc pas forcément bienveillantes. Elles ont chargé Wonder Woman d’évangéliser la Terre et elle cherche à faire connaître ses dieux. Cette évangélisation est tellement belle qu’on est prêt à sacrifier à Zeus. La prière est un carburant qui renforce les dieux. Dans l’épisode vingt-trois, Hermès descend sur terre. Il veut imposer sa religion par des miracles et par l’argent mais son arrogance le fait chuter. L’épisode vingt-et-un conclut l’histoire des dieux. Pour restaurer l’Olympe, Zeus décide d’abandonner le monde terrestre et donc les Hommes pour revenir ensuite régénéré. Ce crépuscule des dieux, comme chez Wagner, est forcément épique. Comme dans la religion grecque, Pérez s’intéresse à la destinée – celle des Amazones – mais il modernise ce thème en mettant en avant la liberté de choix. Ce départ apporte la liberté de choix aux Amazones qui n’ont plus besoin de respecter la volonté de ces dieux tyranniques. Plus généralement, on trouve assez souvent le thème de la foi mais sans prosélytisme.

George Pérez est un auteur subtil et pudique. Son histoire n’assène pas ses idées mais les met en avant discrètement. Comme il existe un hors champs au cinéma, George Pérez est un spécialiste du hors case. Dans l’épisode quinze, un amour lesbien entre deux correspondantes n’est pas clairement dit – à cause de la censure – mais c’est très subtilement suggéré par le texte – « A 18 ans j’en voulais davantage ». Dans l’épisode 21, on devine dans un coin de case deux femmes dans un lit. La mort de Mindy fait l’objet d’un hommage dans un tout un épisode mais ni sa mort ni son visage ne sont montrés. Cela n’empêche pas Pérez de clairement dénoncer les ravages de la cocaïne et montrer en passant que le Frère de Mindy, gay, a aussi été exclu de la famille.

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Le plus notable est de faire de Diana une guerrière pacifique. Elle ne cesse de se plaindre de devoir recourir à la violence comme dans l’épisode dix-huit : « ils m’obligent à me comporter en guerrière ». Les combats durent souvent peu et ne s’achèvent pas forcément par l’action violente de Wonder Woman. La lutte contre Circé se termine grâce à l’aide des dieux. Dans l’épisode 21 pourtant apocalyptique, Wonder Woman n’a pas à combattre mais seulement détourner l’énergie par ses bracelets. Le combat entre Wonder Woman et Ixion est plus violent mais ce sont des armes humaines qui tuent le premier assassin.

L’aspect progressiste passe aussi par une dénonciation de l’hypocrisie de la charité et une critique de la publicité avec le personnage de Myndi Mayer qui exploite l’image de Diana. Avant l’épisode vingt, je trouve ce personnage un peu caricatural mais cet épisode a totalement transformé mes sentiments. Sa fin en fait un personnage tragique. Méprisée par sa famille, elle n’a pas su résister à la pression et à l’échec. L’épisode est raconté en voix off par un rapport d’un policier en respectant les codes d’un film policier.

Ce tome me semble plus varié que le précédent. Non seulement, on visite l’Olympe mais Wonder Woman visite la Grèce à partir de l’épisode dix-sept. Ce n’est pas exotique car Wonder Woman est émue devant l’Acropole. Il est assez unique dans une BD de super-héros d’avoir si peu d’action mais cet épisode marque surtout une nouvelle étape de découverte du monde extérieur et intérieur par Diana. Ce voyage permet à Pérez de construire un récit de magie et de malédiction en Grèce. Il prend le temps d’installer une ambiance de film d’horreur des années 1950. La couleur s’adapte au récit et devient plus sombre.

Le dessin de Pérez est d’une beauté à tomber. Par les costumes, on voit bien que le dessin date des années 1980 mais cela ne vieillit pas car le dessin est superbe. On sent des inspirations picturales avec les préraphaélites. On peut le voir par sa vision de l’Olympe qui m’a fait penser à des fresques de plafond de la Renaissance . La sorcière Circé fait très Art nouveau. C’est un modèle de splendeur dans chaque case et par la narration graphique. Son trait est exceptionnellement très précis ce qui crée des images très denses mais ce n’est jamais figé car Pérez trouve souvent des angles originaux – dans l’épisode quinze on voit une publicité géante de Wonder Woman et des Hommes qui marchent dessus. De plus, dans les scènes d’action, Pérez néglige le décor volontairement. Par exemple, il fait un joli choix pour montrer le pouvoir sonique de Silver Swan.

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Les cases sont souvent verticales et ce systématisme est rare dans les comics. La gamme de couleurs est réduite par la technologie de l’époque mais elles sont utilisées toujours avec justesse en lien avec la tonalité positives du récit. Action comics 600 avec John Byrne au scénario et au dessin et un encrage de Perez permet de comparer les deux styles. John Byrne utilise des cases plus grandes et les muscles sont plus mis en avant. Il cadre de manière plus proche les personnages mais le décor a aussi plus de détails. L’encrage plus sombre et son coloriste a une gamme plus variée de couleurs.

Alors, convaincus ?

Soyons bref cette série est unique et se doit d’être possédée par tout fan de BD qui se respecte.

Thomas S.

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