[review] Redneck tome 1

Redneck, voici un titre qui fleure bon l’Amérique profonde. Quoi de plus intrigant qu’une famille de vampires texans qui a traversé toutes les époques tumultueuses qui jalonnent l’histoire des Etats-Unis. Si les récits vampiriques ne manquent pas dans les comics pour le meilleur – American Vampire – ou le pire – Graveyard Shift – Redneck prend un parti quelque peu différent en montrant une famille aspirant à la paix. Mais faut-il croquer dans ce titre ?

Un résumé pour la route

Redneck_1_DelcourtRedneck est scénarisé par Donny Cates, notamment connu pour son travail sur Doctor Strange ou Star Trek. Le dessin est confié à Lisandro Estherren et la couleur à Dee Cunniffe. Aux Etats-Unis, Redneck #1-6 est publié par Image Comics sous le label Skybound. En France, le titre paraît chez Delcourt comics en 2018.

La famille Bowman vit dans une petite ferme reculée du Texas. Chacun de ses membres tente de vivre à l’écart du monde en buvant du sang animal et sans faire de vagues pour ne pas avoir d’ennuis. Pourtant, les tensions s’exacerbent vite quand on vit ensemble pour l’éternité et qu’on n’a pas tous la même façon de voir les choses. Il suffit parfois d’une petite étincelle pour réveiller de vieilles querelles et mettre le feu aux poudres.

On en dit quoi sur Comics have the Power ?

Les séries de vampires sont légion et le genre alterne entre le pire et le meilleur. Avec Redneck, Donny Cates choisit de montrer une famille dont les membres ont des histoires différentes et sont d’âge variable. Le scénariste choisit comme narrateur et personnage principal Bartlett, un vampire bougon et râleur qui se situe un peu en marge de la famille qui l’a recueilli il y a bien longtemps. On sent très vite des inimitiés sous-jacentes ressortir à la faveur des tensions qui montent au fur et à mesure du récit. Le patriarche de la famille Bowman, Papy semble avoir des milliers d’années et ne supporte pas les évolutions de la société. Lisandro Estherren lui donne d’ailleurs l’aspect d’un vampire « à l’ancienne », décharné, ressemblant davantage à une chauve-souris aux crocs acérés qu’à un être humain. Il est d’ailleurs doté des pouvoirs traditionnellement attribués aux vampires : il vole, il a des capacités hypnotiques et lit dans les pensées. Papy symbolise donc un monde ancien, réfugié dans ses traditions qui ne souhaite pas s’adapter ou évoluer, quitte à faire courir des risques aux siens.

Redneck_2_Delcourt

La famille Bowman est d’ailleurs très masculine puisque Papy a un fils, JV, qui endosse malgré lui le rôle de chef de famille. JV est un homme las, résigné mais bon qui a perdu tout espoir quand sa femme a été tuée. Il semble mener une existence pesante et sans saveur, éclairée seulement par l’existence de ses enfants. JV ne veut pas d’histoire, il souhaite juste vivre ou plutôt survivre en paix afin que sa famille ne subisse plus aucune tragédie. Mais peut-on enfermer les gens dans une cage dorée sous prétexte de les protéger ? Les autres membres de la famille sont les enfants de JV : trois garçons qui se comportent encore comme des adolescents malgré un âge déjà avancé : Greg, Seamus et Slap qui ne rêvent que d’évasion, de sexe et d’effusion de sang avec toute l’insouciance de l’adolescence. Enfin, on trouve la petite dernière, Perry, une fillette à l’intellect sur développé qui semble avoir les mêmes capacités que Papy ou au moins celle de lire dans les pensées.

Tout semble devoir continuer comme avant jusqu’à une bagarre anodine avec les rivaux de toujours : la famille Landry,  menée par un prêtre. De vieilles haines, basées sur des faits remontant à des siècles, qui pourrissent la vie de familles entières sur plusieurs générations, voilà une situation bien connue sur laquelle joue avec finesse un scénariste plutôt bien inspiré qui sait parfaitement développer les caractères de ses personnages et manie les retournements de situation avec aisance. Notons que la famille Bowman vit à l’écart, à la campagne, repliée sur elle-même, loin d’un milieu urbain qui représente le danger et la perversion. C’est d’ailleurs lorsque les deux mondes se rencontrent que le drame se produit. Graphiquement, Lisandro Estherren présente des individus au physique rugueux, parfois caricatural dans un décor plutôt minimaliste et une ambiance glauque qui sied au propos, bien servi par la colorisation de Dee Cunniffe, très à l’aise dans les décors nocturnes. Le style graphique rappelle parfois American Vampire avec un coup de crayon nerveux.

Redneck_3-DelcourtJ’avoue une petite préférence pour Bartlett dont Donny Cates fait son héros – si tant est qu’il en existe un dans cette histoire. Bartlett n’appartient pas totalement à la famille Bowman, tout en étant à part, il est le personnage central de cette famille. Malgré son air désabusé et râleur, il est finalement le plus courageux et le plus réfléchi. Son problème majeur est son manque de confiance en lui et la piètre opinion qu’il a de sa personne. il est souvent au centre d’ennuis qu’il n’a pas cherchés mais dont il est le premier accusé et ses actes ont parfois des conséquences désastreuses malgré sa bonne volonté. Bartlett est un de ces loosers magnifiques dont la littérature regorge et nul doute que le scénariste continuera à mettre en avant ce narrateur tout en développant ses liens avec la petite Perry qui a un caractère bien trempé.

Alors, convaincus ?

Redneck est un titre vampirique de très bonne facture qui ne joue pas systématiquement sur un registre sanguinolent mais avant tout sur la psychologie des personnages. Il présente ses héros comme des individus désespérés qui ne savent plus comment occuper leur immortalité, ayant choisi de vivre à l’écart d’un monde hostile et mortifère. Ainsi, le propos habituel est renversé : le vampire n’est plus le prédateur mais la proie d’un monde contemporain dans lequel il ne trouve pas de place.

Ce renversement de situation et un personnage principal attachant, malgré ses défauts et ses faiblesses, font la force de ce titre atypique.

Sonia D.

 

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6 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. Je l’ai dans ma PAL, je l’attaquerai la semaine du 1er mai! En tout cas je suis ravie de voir que le titre se tient. American Vampire a fini par me décevoir quelque peut… je n’ai même pas fini (j’en suis au 4 ou 5). Jai préfère son mini spinoff Vampire Legacy.

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    1. Sonia Smith dit :

      Vampire Legacy est très bien ! J’ai regretté qu’il soit si court. Je reste fan d’American Vampire malgré tout malgré les quelques longueurs du titre

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    2. Oui, pourquoi aussi court ? Faudrait que je le relise, parce que je ne l’ai lu qu’une seule fois lors de sa sortie chez Urban, ça remonte du coup ^^’

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