[interview] Alberto Jimenez Alburquerque

C’est à l’occasion de l’édition 2018 du Toulouse Game Show Springbreak que nous avons eu le plaisir de rencontrer un artiste que nous aimons particulièrement, Alberto Jimenez Alburquerque dont j’ai découvert le style à l’occasion de la sortie de la série Letter 44 scénarisée par Charles Soule et publiée en France chez Glénat Comics. Rencontre avec ce dessinateur sympathique et enthousiaste.

Alberto_Albuquerque_1Bonjour Alberto et merci de répondre aux questions de Comics have the Power. 

Avant toute chose, c’est un peu banal mais peux-tu résumer ton parcours ? Tu es espagnol et tu dessines des comics ? Alors, pourquoi les comics ?

Ce n’est pas si étrange en fait, il y a beaucoup d’Espagnols et d’Italiens dans les comics, on n’a pas un grand marché chez nous, alors on doit dessiner pour les autres ! J’ai commencé, comme tout le monde, à dessiner tout petit. Mon premier boulot, ça a commencé en France pour la BD franco-belge. J’ai commencé chez Paquet et ensuite chez Soleil. Je suis resté avec la franco-belge exclusivement pendant quelques années. Après cela, j’ai fait un petit voyage, invité par un ami américain, Steve Lieber, le dessinateur de Whiteout, Superior Foes of Spider Man notamment, je suis allé chez lui, à Portland. On a fait la Comic Con de Seattle, j’ai fait la connaissance des éditeurs de chez ONI Press et ils m’ont proposé Letter 44.

Letter_44

Directement ?

Oui, ils m’ont expliqué qu’ils avaient ce projet là et m’ont dit : « on cherche un dessinateur, si ça te va. » J’ai dit oui, ça me va bien, tout à fait ! » et c’est comme ça que j’ai commencé Letter 44 et mon parcours dans les comics américains. Après : ça a donné cinq ans de boulot, là, j’ai fini et j’ai commencé à travailler chez Marvel dans des fil-in, des fascicules pour différentes séries comme Jean Grey, Generation X et maintenant, je fais Wakanda for Ever, un one-shot super sympa.

 Tu lisais des comics américains quand tu étais petit ? Quel genre ?

Oui, j’ai commencé à lire grâce à mon grand frère des comics humoristiques espagnols et après ça, j’ai commencé à lire des comics américains : X-Men, Conan, surtout chez Marvel parce que c’était plus facile d’en trouver dans les kiosques que de trouver du DC par exemple. Ensuite, j’ai grandi et j’ai lu tous les types de bd : manga, comics, je lis de tout.

Si on en revient à Letter 44, c’est donc l’éditeur qui t’a choisi ?

Oui, j’ai donc fait mon petit voyage, j’étais en train de finir la série sur laquelle je travaillais chez Soleil, je cherchais du boulot, Steve m’a dit d’aller voir les éditeurs de chez ONI qui sont très bien en disant que je venais de sa part. J’y suis donc allé avec mon portfolio qui contenait mon boulot sur la franco-belge. je me présente aux éditeurs avec mon portfolio mais là, ils me disent « ah non, on ne regarde pas les portfolios », je leur dit que je viens de la part de Steve et là tout a changé : j’ai pu montrer mon boulot.

Ensuite, tu as rencontré Charles Soule, le scénariste ?

Oui, je l’ai rencontré après. Quand on a commencé à travaillé, j’ai fait sa connaissance à New York, à la Comic Con, au début de la série, j’y suis allé pour le rencontrer.

Et comment se passe le travail entre vous ?

On communiquait surtout par email au début et ensuite, on s’appelait sur skype pour ajuster un petit peu les débuts de la série. Ensuite, on a travaillé ensemble pendant cinq ans, on commençait à bien se connaître !

Il travaille comment Charles Soule, il laisse de la liberté au dessinateur ?

Oui, il fait son scénario technique, avec la description de la scène, avec les dialogues, ensuite, il me dit : « écoute, c’est ma vision, si tu veux changer quelque chose, c’est ton travail aussi, alors pas de souci ! »

Il y a évidemment beaucoup de scènes dans l’espace dans Letter 44 avec des vaisseaux et des extra-terrestres un peu bizarres. Comment s’est fait le choix de ces personnages très différents de l’image qu’on se fait habituellement des extra-terrestres ?

Letter_44_2

Tout à fait, on voulait s’éloigner de l’image habituelle des extra-terrestres, on ne voulait pas d’humanoïdes avec quatre bras ou cinq nez qu’on est un peu habitués à voir. Charles avait cette idée de fractale pour les Aliens, une idée de répétition. A partir de cette idée, je lui ai fait des dessins : j’ai commencé à faire les chandeliers au début et j’ai fait un dessin super compliqué, très détaillé ! Pour les Aliens, je voulais compenser un petit peu car c’était trop difficile à dessiner tout le temps dans des délais très courts. Les Aliens sont donc plutôt simplifiés pour tenir les délais et pour contraster aussi par rapport aux vaisseaux qui sont, eux, très détaillés. C’est comme cela que je suis arrivé à la forme un peu plus carrée pour les petits fractales. Pour les Constructeurs par contre, j’ai utilisé des images d’animaux marins.

Est-ce que ça te parle personnellement les histoires d’extra-terrestres ou tu es quelqu’un de plutôt rationnel ? Quelles sont tes inspirations ?

J’aime bien la Science-fiction, c’est super cool ! J’aime beaucoup dessiner ces scènes dans l’espace. Pour dessiner mes personnages, les vaisseaux etc. j’ai regardé surtout la Science-fiction proche de la réalité : pas Star Wars, pas Star Trek parce que notre idée était éloignée de cela. Je me suis plus inspiré de 2001 l’Odyssée de l’Espace ou d’Alien, de trucs un peu plus sombres.

Aux Etats-Unis, la série Letter 44 est terminée, est-ce que ça ne te fait pas un peu « bizarre » de tourner la page ?

Si, ça fait bizarre ! Ça a pris cinq ans de ma vie, la fin, c’était un peu étrange de tourner la page et de boucler une histoire assez longue. Mais, ça fait du bien aussi, ça te donne la sensation d’avoir fini quelque chose. Ce n’est pas un truc qui dure trop longtemps ou quelque chose qui a été coupé au milieu, c’est une histoire complète, bouclée et on est contents d’avoir fini.

Quand des personnages t’accompagnent pendant cinq ans, est-ce que tu t’attaches à certains ou d’autres que tu ne peux plus supporter ?

En fait oui ! Tous les personnages sont un peu comme mes enfants, on les a crées dès le début, travaillé leur design… les personnages méchants sont un peu durs à dessiner, notamment l’ex président Carroll, c’est un personnage assez dégoûtant ! Je voulais transmettre cette sensation de mec pas bien, méchant, même dans son apparence physique et c’est dur à dessiner ! Il y a des méchants qui sont cool, mais dans le cas présent, il est plutôt dégoûtant, ça me répugne un peu quand je le dessine ^^. Je préfère Blades son successeur.

Tu as travaillé sur un personnage que j’aime particulièrement Jean Grey, tu peux nous en parler un peu ?

Jean_Grey

La Jean Grey que je connaissais, c’était celle des années 1980-1990, Phénix, le Dark Phoenix? J’aimais beaucoup le triangle entre Jean Grey, Cyclope et Wolverine et mon personnage préféré, c’était Wolverine ! Celle sur laquelle j’ai travaillé, c’était un peu un lien entre l’ancienne Jean, la nouvelle Jean et celle qui va venir parce que celle que j’ai dessinée, c’est la jeune Jean qui vient du futur donc c’est un personnage différent mais en même temps, c’est un personnage frais car on revient sur la jeune Jean qu’on a découvert il y a des années, elle est un peu naïve, elle découvre ses pouvoirs, elle reçoit l’aide des autres personnages de chez Marvel. On voit un peu la nouvelle Jean se développer et se battre contre le Phénix. Ça nous permet de découvrir un personnage qu’on ne connaît pas forcément beaucoup et qui va nous permettre de découvrir la prochaine Phénix. Pour moi, ça a été très cool de dessiner ça.

Alberto_Albuquerque

Pas trop de pression ? C’est un personnage important dans l’univers Marvel.

Un petit peu oui ! Mais c’est ce que je voulais ! Je voulais me lancer le défi de dessiner un personnage bien connu parce que le premier fascicule que j’ai dessiné chez Marvel, c’était Generation X, c’était des personnages qui sont nouveaux, donc je n’étais pas si attaché à eux. Mais avec Jean, c’est différent, ça me touche plus et je voulais vraiment faire ça : dessiner des personnages que je connaissais donc ça m’a donné l’occasion de pouvoir faire ça : dessiner un personnage de mon enfance, de revenir au moment où j’étais petit, ça fait du bien !

Tu viens d’annoncer ton travail sur les Dora Milajes, sur le Wakanda chez Marvel, peux-tu nous parler de cette actualité ?

C’est une série de one-shot avec les Dora Milajes comme personnages principaux, donc, on va voir les Dora sans Black Panther et ça nous permet de découvrir comment elles se débrouillent par elles-mêmes, avec des autres personnages de chez Marvel. j’ai travaillé sur le premier tome : les Dora Milajes arrivent à Brooklyn, chez Spider Man. C’est une histoire avec Spider Man, ça me permet de jouer avec des personnages que je connais aussi. Il y a beaucoup d’action et des histoires intéressantes avec des femmes très fortes comme personnages principaux, c’est super intéressant.

Merci beaucoup Alberto !

Un grand merci également à l’équipe d’attachés de presse du TGS qui a pu permettre cette interview.

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