[review] Spider-Girl

Les univers alternatifs, qu’on trouve dans les séries What if ? chez Marvel me fascinent depuis l’époque où je lisais les Spidey des éditions Lug qui en avaient traduits les premiers numéros. Plusieurs What if ? étaient évidemment consacrés à Spider-Man, je m souviens notamment du « Et si Spider-Man avait rejoint les Fantastiques ? » ou « Et si quelqu’un d’autre que Peter Parker avait été piqué par une araignée ? » Ce type de publications permet d’expérimenter de nouvelles idées sans pour autant bouleverser la continuité de la Terre 616. C’est le cas du sujet qui nous occupe ici avec un What if ? mettant en scène Spider-Girl.

Un résumé pour la route

Spider_Girl_1Le présent volume Spider-Girl, édité chez Hachette en 2018, contient What if ? (volume 2) 105 et Spider-Girl #1-7. On retrouve Tom DeFalco au scénario – accompagné de Ron Frenz pour le What if ?) et Pat Oliffe au dessin. Notons la présence à l’encrage de Bill Sienkiewicz pour le What if ? et d’Al Williamson pour la série Spider-Girl.

 Peter Parker a raccroché son costume de Spider-Man il y a bien longtemps après un dernier combat contre Norman Osborn, le Bouffon Vert qui lui a coûté une jambe. Peter mène donc une vie paisible aux côtés de sa femme Mary-Jane et de sa fille May « Mayday » Parker. Contrairement à son père, May est une adolescente bien dans sa peau, plutôt bonne élève et sportive accomplie, populaire dans son lycée. Tout va pour le mieux jusqu’à ce qu’elle ressente des sensations étranges et qu’elle se fasse attaque par Norman Osborn Junior qui n’est autre que le petit-fils du Bouffon originel. Il faut se rendre peu à peu à l’évidence, la jeune femme a hérité des pouvoirs de son père…

On en dit quoi sur Comics have the Power ?

Tout commence donc en 1998, lorsque Tom DeFalco et Ron Frenz décident de mettre en scène Spider-Girl dans un univers alternatif. Dans ce monde, Peter Parker et Mary-Jane sont parents d’une adolescente, May Parker – qui a donc hérité du prénom de sa grand-tante. Les auteurs décident de nous montrer la famille au moment où May a atteint l’âge de son père lorsqu’il devint Spider-Man. DeFalco et Frenz prennent le contre-pied du choix effectué par Stan Lee et Steve Ditko qui montraient un ado peu sûr de lui, souffre-douleur de ses pairs. May est bien dans sa peau, elle est douée et plutôt sûre d’elle.  Elle aime le sport et est un membre essentiel de l’équipe de basket du lycée. Toutefois, l’opposition intellectuels malingres et martyrisés et sportifs un peu bourrins perdure et scinde le groupe d’amis de May en deux clans qui passe son temps à tenter d’éviter qu’ils se battent.

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Le What if ? montre que tout est affaire de famille puisque si May hérite des pouvoirs de son père, Norman Osborn junior poursuit la lignée des Bouffons verts avec autant de folie que ses prédécesseurs. DeFalco et Frenz font, encore une fois, un clin d’oeil au Spider-Man d’origine puisque Norman Jr kidnappe Peter pour l’emmener sur le pont qui a vu Gwen Stacy mourir et traumatiser des générations de fans. Cette fois, c’est Peter qui est sauvé par sa fille costumée en Spider-Girl. On se place donc clairement dans un héritage ici et Spider-Girl est clairement le digne successeur de son père. DeFalco et Frenz osent bouleverser l’univers Marvel en faisant ce dont une partie des fans rêve : faire vieillir Peter Parker et lui donner un  continuateur en la personne de sa fille. L’univers alternatif leur permet de tenter quelque chose qui ne serait pas forcément possible dans l’univers classique, tant on sait que certains fans s’arque-boutent sur leurs acquis et aiment quand rien ne change – tout en se plaignant du manque d’originalité des scénaristes.

Ce What if ? a tellement plu qu’il donne naissance à une série Spider-Girl dont le volume sorti chez Hachette nous propose les sept premiers épisodes. May a apparemment tourné la page Spider-Girl après l’attaque de Norman Jr et a brûlé le costume en présence de ses parents. Pourtant, sa vie n’est plus jamais la même. Elle ressent ses pouvoirs et ne peut s’enlever de la tête ses exploits. Impossible d’en parler à ses parents qui refusent ou fuient toute discussion ni à ses amis qui ne doivent rien savoir. Sa seule option est de se confier à Phil Urich – version alternative du Phil Urich super-bouffon de notre bonne vieille Terre 616 – proche ami de son père et qui sait tout de Spider-Man.

Spider_Girl_2L’opposition entre May et son père à propos de Spider-Girl s’appuie sur l’opposition classique entre une adolescente aspirant à sa liberté, voulant faire ses propres choix au détriment de toute prudence et son père qui veut la protéger du monde extérieur et d’elle-même. Peter Parker est toutefois mal à l’aise dans ce rôle puisqu’il sait très bien que, lorsqu’il était ado, il se balançait de gratte-ciel en gratte-ciel au bout d’une toile. Le choix de May d’endosser le rôle de Spider-Girl ne relève toutefois pas d’un traumatisme dû à une perte – elle ne perd ni ses parents ni son oncle Ben – mais elle s’inscrit simplement dans une lignée d’enfants de héros prêts à relever le défi et à succéder à leurs parents. Si les Parker ont fait le choix de l’interdiction vis à vis de leur fille, May rencontre Franklin Richards qui fait partie de l’équipe des Cinq Fantastiques aux côtés de sa famille, Reed ayant choisi de l’intégrer plutôt que de l’exclure pour le protéger.

Les aventures de Spider-Girl ressemblent à celles de son père : elle combat un Bouffon, des criminels en mal de cambriolages, des pauvres types frustrés envoûtés par des amulettes et un Venom tout aussi déjanté que celui de l’univers classique qui se trouve un hôte qu’il connaît bien. La confrontation Venom / Spider-Girl est celle d’un père et de sa fille,  de deux générations, de deux visions du monde. May Parker a, tout comme Peter, du mal à concilier sa vie de lycéenne et ses sorties nocturnes et commence à pâtir de sa double identité. DeFalco écrit ses personnages avec une grande justesse et on a immédiatement de l’empathie pour May qui a finalement beaucoup plus en commun avec son père qu’elle ne veut bien l’admettre. Le petit bémol est le rôle un peu effacé mais bienveillant de Mary-Jane qui aurait mérité plus de développements. Mention spéciale pour le Daredevil un peu étrange qui sert de mentor à May et dont on ne sait finalement trop que penser.

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Côté graphique, Ron Frenz et Pat Oliffe présentent un style nerveux, vif et virevoltant qui colle parfaitement à l’univers arachnéen de Peter et May Parker. Les personnages sont expressifs, les scènes de combats parfaitement dynamiques et les splash pages parfois impressionnantes comme celle qui présente un Spider-Venom des plus convaincants. Mention spéciale aux encreurs de renom qui savent souligner et mettre en valeur les dessins qu’on leur propose.

Alors, convaincus ?

C’est avec ce volume Hachette que j’ai découvert Spider-Girl. Je ne m’attendais à rien de spécial et j’ai été absolument conquise par cette narration qui, tout en respectant le matériau d’origine, propose un successeur crédible à un Peter Parker enfin devenu adulte. May Parker n’est certes pas l’ado à problème que son père était mais elle est attachante malgré tout qui a mérité un développement et une série à son nom. Si les What if ? ne sont pas tous de la même qualité, ils permettent malgré tout à de bons auteurs de pouvoir s’exprimer et donner une vision alternative d’un univers Marvel qui, selon l’expression désormais consacrée, « ouvre le champ des possibles ».

Sonia D.

Un commentaire Ajoutez le vôtre

  1. wildstorm dit :

    Cela me rappelle que j’avais beaucoup aimé aussi la énième Spider-woman créé par Mackie/Byrne un peu avant 2000 lorsque Byrne étaient sur Spider-Man. De mémoire, Byrne avait isolé le perso dans une série par la suite et avait réalisé uniquement le scénario de cette série qui ne dura pas longtemps… Je ne sais pas si les avais lus. Une période pas facile pour Byrne où son « Chapter One » n’était pas « reconnu » à sa juste valeur 😦

    Aimé par 1 personne

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