[review] Imperium

Après avoir beaucoup aimé l’intégrale Harbinger, j’étais hyper excité de découvrir la suite de cet univers par Imperium publié chez Bliss Comics. Comme chaque volume de Valiant/ Bliss Comics, il est tout à fait possible de lire Imperium sans avoir lu Harbinger. Après avoir été si enthousiaste à propos d’Harbinger, et adoré ces personnages complexes dont Harada, puis-je lire objectivement Imperium ?

Un résumé pour la route

L’ensemble du volume est scénarisé par Joshua Dysart (Unknown Soldier, Bloodshot, Harbinger). Il y a plusieurs dessinateurs qui se succèdent dont Doug Braithwaite (Judge Dredd, Doom Patrol), Scot Eaton (X-Men), Cafu (Green Lantern Corps, Divinity), Khari Evans (Carbon Gray). Ce lourd volume rassemble les épisodes américains 1 à 16 de la série Imperium.

Toyo Harada cherche depuis des années à contrôler le monde en rassemblant puis en instrumentalisant les psiotiques, des humains dotés des capacités hors du commun. Mais son plan a été révélé par Peter Stanchek et tout son empire financier s’effondre. Loin de s’effacer, Toyo rassemble ses fidèles et décide de créer son propre État en Somalie d’où il compte réaliser son rêve de puissance.

On en dit quoi sur Comics have the Power ?

Il ne s’agit pas vraiment de la suite d’Harbinger mais plutôt d’une voie parallèle du côté obscur des psiotiques. On suit seulement les plans d’Harada et de ses lieutenants. C’est avec joie que l’on retrouve ce manipulateur des esprits. Harada veut apporter le bonheur à l’humanité par les moyens possibles. On plonge très vite dans l’action. On se retrouve dès la première image dans le joli design d’une ville futuriste mais, quand on a lu Harbinger, on sait que c’est trop beau pour être vrai. Le lecteur retrouve avec plaisir le trouble des perceptions créé par Harada. Dans certains épisodes, on ne sait pas si c’est la vérité ou un rêvé créé par la télépathie d’Harada. Dysart a une réflexion sur le mal et une approche intéressante du méchant : peut-on faire le mal sur certains pour aboutir au bien de tous ? Harada en est convaincu mais Dysart montre bien la complexité de cette utopie.

Dysart n’hésite pas à s’emparer de la politique actuelle en dénonçant le lien entre les États-Unis et l’Arabie Saoudite, la realpolitik américaine où les Américains soutenaient des salafistes pour lutter contre les communistes, ou ici contre la Fondation d’Harada. Dans le nom de ce groupe de psiotiques, on trouve une allusion au cycle de romans Fondation d’Isaac Asimov. Le scénariste ne se centre pas sur la violence et les attaques de la Fondation mais sur les alliances et les ressources de la Fondation. Ce récit est alors plus abstrait mais c’est revivifiant de sortir de la simple bagarre entre des personnages surpuissants.

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Dysart organise un récit par arc de quatre ou cinq épisodes. Beaucoup de texte est utilisé comme une voix off pour illustrer les pensées des personnages ou faire des liens entre les différentes actions. Si on accepte ce choix, on retrouve un début de récit du niveau d’un très bon roman d’espionnage et de science-fiction mélangés. L’opposition entre Harada et le reste du monde est un début haletant et justifie la recherche d’alliés. Gravedog membre du Rising Spirit, entreprise apparue dans Bloodshot, trahit les Nations Unies pour rejoindre la Fondation. Il constitue une porte d’entrée dans cette poche de résistance psiotique pour le lecteur. Le récit est raconté par les protagonistes autour d’Harada mais assez peu par le patron d’Harbinger. Harada est moins présent que je l’espérais et ces histoires éparpillées sont parfois dures à suivre. Dysart choisit de développer l’univers d’Harbinger en opposant à Harada de nouveaux ennemis comme Rising Spirit ou des alliés. Harada recrute aussi un robot qui réfléchit à son humanité et aux limites qu’on lui impose par peur des machines. Ce personnage secondaire est le plus réussi par son besoin pathétique d’être humain. Au milieu du livre, Divinity intervient dans l’histoire. On ne voit pas vraiment le lien mais on en apprend plus sur le passé d’Harada pour la première fois. Globalement, Dysart veut intégrer tout l’univers Valiant dans son récit avec le Rising Spirit de Bloodshot, les Vignes de X.O.Manowar qui sont bien intégré dans le passé de ce psiotique, Divinity. Il ne manque que Faith. Cependant, il faut attendre l’épisode neuf pour que l’histoire s’intéresse un peu plus à ce personnage fascinant. Avant, ses motivations et la plupart de ses actions restent peu expliquées.  Ce choix est regrettable car Harada est vraiment passionnant et les épisodes centrés sur lui sont les meilleurs du volume. Comme dans Harbinger il manipule tout le monde pour obtenir ce qu’il pense nécessaire au progrès de l’humanité. Le récit explore sans cesse les zones grises plutôt que le mal absolu auquel Dysart ne semble pas croire. Seuls les deux extraterrestres sont uniquement mobilisés par le mal alors que tous les terriens ont des motivations complexes.

Le problème principal du volume est le projet global. Harada ne semble pas avoir de plan tout comme Dysart ne semble pas savoir quoi faire de lui. Il préfère créer un récit de groupe autour des quatre mousquetaires, lieutenants d’Harada. Le récit progresse dans les deux derniers arcs. Le chapitre Initiative vigne est bien meilleur car on découvre un peu plus Harada et Seigneur Vigne 99. Dans le dernier chapitre, La guerre est déclarée, Harada affronte Livewire, son ancien élève. Intervenant directement, le récit est plus frontal et la Fondation avance enfin. Finalement, qu’est-ce qui a changé depuis le début du volume ? Je suis assez frustré que la seule avancée soit l’introduction de quatre alliés d’Harada.

Les dessins sont assez moyens, ce qui parfois le cas chez Valiant. Au contraire, les scénarii ne souffrent jamais de banalité. La « petite » maison d’édition semble avoir du mal à recruter les meilleurs dessinateurs face à Marvel et DC alors que les scénaristes écrivent bien mieux. Est-ce plus risqué pour un dessinateur de s’engager chez un « petit » éditeur car il n’arrive à faire qu’une série par mois alors qu’un scénariste peut en écrire plusieurs ? Dans Imperium, les dessinateurs n’hésitent à montrer la violence crue des combats. Doug Braithwaite a un style assez quelconque et une organisation classique de la page mais son dessin efficace permet tout de même de suivre agréablement le récit. Dans l’épisode cinq, il  est remplacé par Scot Eaton dont le style n’est pas plus mémorable mais, tout aussi agréable à lire. Cependant, l’encrage et les couleurs sont bien meilleurs. Une nouvelle progression est faite avec l’arrivée de Cafu qui réalise de très belles pages et les flashbacks par Juan José Ryp dont le style assez gore change.

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Bliss Comics réalise encore un superbe travail d’édition. Chaque arc est séparé par une page et on retrouve chaque couverture en début d’épisode et de très jolies couvertures inédites en bonus. Le prix est aussi attractif pour un volume d’une belle qualité.

 

Alors, convaincus ?

Je suis assez mitigé sur Imperium. Bien entendu, j’étais très heureux de retrouver Harada et la Fondation Harbinger mais le début du livre m’a frustré. Pourquoi ne pas avoir fait agir Harada bien plus directement ? Les alliés du génie psiotique restent moins complexes que lui et donc moins intéressants. Cependant, c’est un réel plaisir avec Valiant de voir émerger un nouvel univers de fiction et surtout que cet univers partagé est clos autour de quelques séries. On peut assez facilement – presque – tout suivre. Enfin les deux derniers chapitres sauvent le récit par une présence plus grande d’Harada et une avancée de la Fondation. Comment le monde réagira à cette avancée ?

Thomas S.

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