[review] Black Eyed Kids

Qui n’a pas frissonné en entendant raconter une de ces fameuses légendes urbaines dont l’Amérique est friande – mais nous avons aussi les nôtres, rassurez-vous ! Je me rappelle bien d’avoir passé de bons moments de frayeur à la lecture des véritables légendes urbaines de Corbeyran sorties chez Dargaud en 2007 pour le premier tome. Urban Comics avait également sorti un récit de ce type avec Le Secret, titre de Mike Richardson et Jason Shawn Alexander. Quand Snorgleux Comics sort Black Eyed Kids, impossible de résister à l’appel de ce récit horrifique.

Un résumé pour la route

Black-Eyed_Kids_1Black Eyed Kids est scénarisé par Joe Pruett et dessiné par Szymon Kudranski. Le titre est sorti chez Aftershock Comics en 2017 aux Etats-Unis et chez Snorgleux Comics en 2018 en France.

Des aboiements résonnent dans la nuit, des groupes de jeunes étranges parcourent les rues, un adolescent aux yeux sombres dévalise une supérette et abat le gérant. Michaël, un adolescent sans histoires paraît adopter un comportement bien surprenant. Est-il devenu somnambule ? Pourquoi fixe-t-il l’horizon nocturne de manière si inquiétante ? Que se passe-t-il soudain dans cette ville américaine si paisible d’habitude ?

On en dit quoi sur Comics have the Power ?

Joe Pruett s’inspire pour ce titre d’une légende urbaine apparue dans les années 1990 aux Etats-Unis. Certaines personnes ont raconté leur rencontre effrayante avec des enfants aux yeux noirs qui cherchent à rentrer dans leur voiture ou leur maison à toute force, en usant de persuasion, en tentant d’émouvoir leurs victimes.

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C’est donc en partant de cette légende que Pruett tisse son récit dans une ambiance sombre et angoissante. L’histoire se déroule entièrement la nuit, les cases de Szymon Kudranski sont uniquement éclairées par des lumières artificielles qui ne peuvent toutefois percer de manière durable une obscurité glauque et omniprésente. Volontairement, l’auteur reste dans le flou : la scène se passe aux Etats-Unis mais on ne nous dit pas où, insinuant ainsi que le phénomène peut se produire n’importe où. Cette impression est renforcée par le fait que les visages des personnages restent souvent dans la pénombre, on ne les voit presque jamais en entier, sauf lorsqu’ils expriment la terreur, la fureur ou le dégoût.

La ville est parcourue par des enfants aux yeux noirs qui parsèment la cité de cadavres d’animaux et d’humains sans distinction ni pitié. Ces jeunes font grossir leurs rangs régulièrement, enrôlant parmi eux d’autres jeunes qui, à leur tour, tuent leurs proches ou des inconnus. Ce rituel de mort n’est pas sans rappeler les histoires d’adolescents soi-disant sous l’emprise de jeux de rôles comme Donjons et Dragons dont la presse faisait ses choux gras dans les années 1980. On peut aussi voir ici l’occasion d’évoquer la violence adolescente qui touche des jeunes semblant parfaitement bien dans leur peau et qui basculent un beau jour dans une folie meurtrière. Enfin, ces Black Eyed Kids ne seraient-ils pas le symptôme d’une société qui a peur de ses jeunes qu’elle ne comprend plus forcément et qui ne s’en laissent plus compter par des adultes dont l’autorité bat de l’aile ?

Black_Eyed_Kids_3Ici, Joe Pruett choisit une explication à la présence de ces Black Eyed Kids : ils seraient possédés par des entités extra-terrestres. on sent ici plusieurs influences chez l’auteur qui a sans doute vu les Envahisseurs, série dans laquelle David Vincent lutte contre des aliens qui prennent notre apparence ou X-Files, série dans laquelle apparaît l’huile noire, une entité extra-terrestre qui peut prendre possession d’un hôte, voyageant par les orifices que sont les yeux, la bouche ou les oreilles. En plus de ces deux références, j’aurais tendance à penser que Joe Pruett s’est inspirée de V, série où les aliens prennent la Terre pour leur garde-manger. Mais là encore, le mystère demeure sur l’origine de ces entités : d’où viennent-elles, depuis quand sont-elle là ? C’est au lecteur de trouver ses propres réponses.

Un détail amusant, ces entités aiment l’Histoire puisqu’elles enlèvent Meredith Williams, une écrivaine, afin que cette dernière consigne la disparition de l’humanité, de chroniquer la fin de son espèce. Archiviste de métier, je suis particulièrement sensible à ce passage qui montre combien nous avons besoin d’archives, de documentation et que, même une espèce conquérante se préoccupe de laisser des traces de leurs actions. Par ailleurs, un lien particulier unit une des créatures à Meredith mais, là encore, Pruett reste dans le suggestif et c’est au lecteur de rassembler les pistes et d’en tirer ses propres conclusions.

Black Eyed Kids est un bon récit horrifique, fidèle aux topoi du genre. Une légende urbaine n’a pas vraiment d’origine fixe ou du moins cette dernière est mal connue, le phénomène apparaît et s’amplifie mais on n’en connaît jamais les suites. Qu’est-il arrivé aux personnes ayant croisé des Black Eyed Kids ? Quelles conséquences sur leur vie ? Joe Pruett respecte les codes puisqu’il propose un récit dense avec une fin ouverte, ce qui pourrait laisser croire que son titre manque d’une ligne directrice mais c’est le propre des légendes urbaines d’apparaître et disparaître, laissant seulement une impression de malaise. Pruett laisse l’imagination du lecteur combler les trous du récit et en choisir la genèse voire la conclusion, en attendant un deuxième volume qui apportera sans doute une partie des réponses.

Alors, convaincus ?

Black_Eyed_Kids_4Black Eyed Kids montre un aspect singulier de l’Amérique, pays des légendes urbaines, des peurs profondes, nées dans ces villes démesurées et ces campagnes où rôdent tous les dangers. Joe Pruett s’est emparé de cette légende pour en offrir une interprétation mêlant différentes croyances comme celle de l’invasion ancienne de la Terre par des espèces alien, présentes depuis des millénaires tapies dans l’ombre en attendant leur heure. Le récit est bien servi par le trait de Szymon Kudranski qui sait rendre l’horreur et l’angoisse qui sourdent dans cette ville aux prises avec ses adolescents et ses enfants.

Le choix de Joe Pruett est de laisser le lecteur acteur du récit. A lui de supputer sur les origines de ces aliens qui prennent possession des jeunes, à lui d’imaginer comment l’histoire va se terminer… Même si j’ai ma petite idée sur le sujet, je vous laisse vous faire la vôtre en attendant la suite. Mais faites gaffe, ne laissez pas entrer des enfants qui frapperaient à votre porte un soir de nuit sans lune.

Sonia D.

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