[review] Ballistic

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Le dessinateur culte Darick Robertson m’avait ravi par son travail sur Transmetropolitan. Par ce livre, j’ai voulu découvrir la suite sa carrière. Ici, il se demande dans un futur bien glauque, que deviendrait le monde si les armes avaient une conscience.

Afin de vous fondre dans l’ambiance du livre, nous vous conseillons d’écouter en même temps The Stooges ou Blue Cheer.

Un résumé pour la route

Ballistic_1Scénarisé par Adam Egypt Mortimer et dessiné par Darick Robertson, Ballistic a été publié aux États-Unis par Black Mask en 2015 et en France par Glénat comics le 14 février 2018. Mortimer, au départ cinéaste, écrit ici son premier comics alors que Darick Robertson est déjà une référence des comics par ses travaux avec Garth Ennis – The Boys – et avec Warren Ellis – Transmetropolitan.

Dans un avenir sombre, un chef de gang à Repo City a un problème de climatisation pendant un passage à tabac. Il fait appel à Butch, son réparateur favori. Cet arrogant rêve de d’intégrer un gang et compte profiter d’un atout, Bang-Bang, son arme vivante. Très vite, Butch se trouve embarqué dans des conflits qui le dépassent. Heureusement, Bang-Bang a toujours une solution : tuer le plus de monde possible. Que va donner ce duo improbable ?

On en dit quoi sur Comics have the Power ?

Le monde a très mal tourné dans le futur. La science a permis de fusionner la matière vivante et les objets sont donc aussi faits de chair. Ce mélange de chair et de technologie donne visuellement un paysage très charnel. Les décors ressemblent à un film de Science-fiction mais sali sans cesse par les armes symbiotiques, les voitures à ailes de chauve-souris et les maisons vivantes. La fusion entre la machine et la chair est sale, gore quand les coups de feu arrivent (très vite). Les habitants et les immeubles de Repo city ont un aspect flippant mais plus humain et réaliste que Star Wars. Plus on avance dans le récit et plus on découvre des personnages ou des lieux délirants.

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En feuilletant les pages, les images peuvent au départ décevoir avec des couleurs et un encrage assez laids mais, commencez à lire et vous ne pourrez plus lâcher le volume. Ce récit policier de Science-fiction est haletant comme un bon polar, le lecteur ne sachant jamais à quoi s’attendre. Des montées d’acide semblent surgir durant un trip de plus en plus délirant qui culmine par une résolution anarchiste et sanglante. L’encrage brut et assez sale est en fait très adapté au récit sombre de Ballistic. Si on accepte la vulgarité du langage, de la nourriture et même des idées – la gestation d’un chien par une femme – comme un outil de dénonciation d’un monde actuel trop lisse, on prend beaucoup de plaisir.

Robertson retrouve ici le cocktail de Science-fiction, idées trashs et critique sociétale développé dans ses travaux précédents. Par ses trouvailles graphiques, le récit ne faiblit jamais et le dessinateur arrive très bien à rendre réel l’univers délirant de ces objets mélangeant chair et cartes mémoire.

Ballistic est certes un récit très fun avec des loosers très drôles perdus dans des fusillades, des délires futuristes et des dialogues bien trash. Cependant, il y a bien plus, une vraie profondeur politique. Bang-Bang est le mauvais génie de Butch qui ne veut que servir et donc tuer. Cette dénonciation des arguments de la NRA sur l’aspect neutre d’un outil de mort est très drôle à lire. Ce flingue, le seul ami de Butch, fait réfléchir sur la place contemporaine des armes dans la société américaine. Les chefs de gangs sont présentés à la manière de cartes de jeux. Ce n’est pas très original mais c’est plutôt drôle surtout le groupe sanguin. Mortimer en profite aussi pour faire une critique de l’image des gangsters aux États-Unis.  Butch, naïf héros de notre récit, pense que face à un monde injuste, les gangsters des années 30 sont des artistes. Cette carrière lui offrirait un moyen de sortir de la reproduction sociale. Il va découvrir peu à peu la réalité sombre du gangstérisme à Repo-City. Mortimer et Roberston dénoncent avec un humour acide l’omniprésence des machines. Le message politique de Mortimer n’est jamais pédagogique car ce jeune scénariste mélange critique politique progressiste sur la destruction de l’environnement et les ravages du libéralisme avec l’action, un humour noir et des délires de Science-fiction.

Ballistic est aussi truffé de références. Au cours du récit, on voit une citation de l’inspecteur Harry, des Sex Pistols, aux Peanuts avec Charlie Brown, à Mickey. Par le design de l’arme, on reconnaît les formes du chestburster d’Alien. Le virus qui rend ces machines folles m’a rappelé le crossover des X-Men, Inferno où les machines, les objets devenaient des démons.

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Bien que publié en plusieurs épisodes, le lecteur ne voit pas la séparation et lit un seul volume. En fin de volume, les bonus proposés par Glénat sont très intéressants. Les croquis de Robertson avec les commentaires de Mortimer dévoilent au lecteur le processus de création. Encore plus drôle, il y a des notes pour les différentes pages du récit comme dans un essai scientifique mais complètement détournées. Ce mélange d’informations scientifiques, de lexiques de mots étrangers ou inventés, de réflexions scénaristiques et de blagues donne une profondeur supplémentaire à Ballistic en montrant un monde créatif bien plus large que ce qu’on a lu juste avant.

Alors, convaincus ?

A la fin du livre par un superbe dessin et un scénario haletant, le lecteur est comblé d’avoir passé un moment dans ce monde original. Suivre les aventures de ce looser, certes inadapté au gangstérisme, est très touchant. Cependant, on ne voudrait pas y vivre car c’est tout de même très glauque. Ce récit de Science-fiction dystopique n’est heureusement qu’un récit et le futur sera tellement plus favorable…

Thomas S.

 

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