[review] Justice League Anthologie

Pour une fois, je ne vais pas vous parler d’un récit en arc mais d’une compilation de plusieurs épisode d’un même groupe. Urban Comics a rassemblé divers épisodes de la Justice League, une des premières super équipe des comics après la Société de justice d’Amérique en 1940. Je suis souvent curieux de lire ces best-of créés par Urban puis Panini souvent à l’occasion de la sortie d’un film.

Un résumé pour la route

justice-league-anthologieCela va être rapide ou rébarbatif. Alors j’ai opté pour le rapide. Il n’y a pas d’histoire commune mais que des one-shot (le récit se termine à la fin d’un épisode). Les équipes créatives changent donc à chaque épisode et on retrouve les plus grands auteurs des comics :

  • Pour le scenario : Dennis O’Neil, Gerry Conway, Keith Giffen, Mark Millar, Joe Kelly, Mark Waid…
  • Pour les dessins : Doug Mahnke, George Pérez, Jim Aparo, Dick Giordano, Gil Kane, Carmine Infantino, Brian Bolland, Joe Kubert, Ivan Reiss…

On en dit quoi sur Comics have the Power ?

Avoir des épisodes isolés est-ce un problème ou un atout ? Cela dépend chers lecteurs. Pour certains, cela apporte l’avantage de lire un éventail très large de périodes car les épisodes vont de 1960 à 2017. De plus, lire ce volume devient un jeu car chaque individu peut avoir des lectures différentes : on peut picorer en lisant selon l’humeur des épisodes au hasard ou le lire en une seule fois par ordre chronologique mais ce n’est pas forcément la meilleure méthode. Pour d’autres, cette mosaïque de styles est brouillonne et peut perturber quand on change abruptement d’épisode. On peut également ressentir une frustration de lire un seul épisode d’un arc. Urban comics a-t-il fait un bon choix d’épisode ? Ce sont souvent des épisodes anniversaires, un épisode bouche-trou entre deux histoires ou un épisode qui introduit un nouveau cycle d’histoire. L’histoire est donc parfois très convenue.

Quelle que soit l’opinion, ce volume est, pour un néophyte, un bon début pour découvrir les différents courants qui ont parcouru cette maison d’édition. Changer si vite de style de dessin permet en priorité de juger l’évolution du dessin. Il est plus complexe de juger le scénario car ce sont des épisodes épars au milieu d’un arc. C’est amusant de voir que la modernisation du dessin n’est pas linéaire. Certains artistes sont de vrais précurseurs – George Pérez – alors que d’autres paraissent très classiques même très tardivement – Jim Aparo. On peut même faire son choix et préférer des périodes selon ses goûts. On voit progressivement apparaître une réflexion sur la composition générale de la page car ce n’est plus une suite de cases comme au début. Le rebord blanc disparaît peu à peu.

JLA_1Le volume débute en 1960 par un épisode qui montre le début des actions en commun comme une vraie équipe. Bien entendu, le style n’est pas moderne et on ressent le plaisir d’un archéologue qui découvre une trace ancienne du passé. C’est parfois naïf – un poisson doré parle à Aquaman, un métal dénommé l’amazonium. On voit souvent les fesses de l’Amazone : est-ce moi qui ai les idées mal placée ou est-ce une volonté du dessinateur ? Le sidekick est un enfant qui claque des doigts sans arrêt ! C’est une technique pour intégrer le lecteur à l’histoire mais c’est très convenu et ce ridicule en devient drôle. Dans cette édition, il y a une modernisation un peu étrange de son langage jeune. Urban a-t-il eu peur du ridicule ? Néanmoins, cela reste une histoire plaisante. Ce n’est pas forcément l’épisode le plus daté ou le moins bon. L’ensemble est organisé en différents chapitres comme les pulps. De la même manière, le texte sensationnaliste est proche des pulps. L’histoire est reliée au contexte général de l’époque avec la Guerre froide et la peur du nucléaire mais les artistes créent un autre monde. Il est amusant de voir d’où partent les comics modernes. Les héros expliquent beaucoup ce qu’ils font, justifient leurs actes par le texte au lieu de le montrer. Les cases sont très proches du franco-belge mais les dessins restent en mouvement dans la case par les angles choisis et les traits de déplacement. Les décors ne sont que des aplats colorés mais ce qui m’a surpris ce sont les visages déjà très expressifs. A l’époque, la manière de dessiner offre un parallèle proche avec le cinéma américain classique car ce sont surtout des plans américains ou large et peu de gros plans. Par ailleurs, j’adore le design très science-fiction fifties de la base.

 

JLA_2Dès le deuxième épisode, on est frappé par les changements : Dick Dillin apporte bien plus de mouvement en faisant sortir l’action hors des cases. La composition des pages est plus complexe et plus variée car elle est centrée sur une image centrale qui déborde autour pour rendre la lecture dynamique. Une organisation des pages apparaît avec des cases rectangulaires et verticales ou une illustration sur une pleine page. Les visages sont bien plus expressifs. Il y a déjà quelques gros plans avec un vide autour pour centrer sur l’émotion. Le dessin commence à imaginer des procédés spécifiques sans lien avec le cinéma. Cependant, on est encore loin d’un comics d’aujourd’hui car les couleurs restent peu nombreuses –  l’impression ne permet pas une grande variété – mais Dillin utilise des plats très contrastés pour créer de la profondeur. De plus, le texte est toujours explicatif : « je vais vous narrer…» et semble improvisé dans l’urgence. On retrouve l’influence de la science-fiction – Fondation d’Asimov.

Dans le troisième épisode, l’introduction est old school mais le style a encore fortement évolué. Pérez s’émancipe de la grille traditionnelle et l’organisation de la page devient encore plus complexe avec une pleine page et des cases plus petites. On est frappé par l’encrage bien plus varié et précis. La gamme des couleurs est également plus grande et il y a moins d’aplat. Les inserts de texte pour faire une description de l’histoire ont disparu mais l’action est comprise par les dialogues sauf pour présenter les héros. L’action se déroule moins en temps réel avec des sauts brusques – comme un jump cut dans le cinéma des années 1970.

 

L’épisode dont le scénario m’apparaît le plus daté arrive plus tard car Gerry Conway cherche à faire jeune mais cela devient ridicule voire très réactionnaire dans l’image que Gerry Conway donne de Détroit –une ville en ruine avec des gangs qui se battent. Il veut apporter de la diversité avec Vibe, le nouveau super-héros latino mais plonge dans les stéréotypes – frimeur, joli cœur, issu d’une famille nombreuse…

Mon plus grand coup de cœur arrive avec au scénario de Keith Giffen, J.M. DeMatteis et aux dessins Kevin Maguire. La Justice League bascule dans l’ironie et l’épisode est très drôle avec, par exemple, des piques sur le merchandising autour des super-héros. On voit apparaître la colorisation et l’encrage numérique avec une grande subtilité mais cela pose le problème de ces anthologies car on a un aperçu d’un bon arc mais on reste frustré, cela s’arrête à un épisode. On a souvent l’impression d’avoir un très bon apéritif mais cela ne comble pas l’appétit.

JLA_3

La chute arrive vite avec plus tard avec les épisodes suivants. Le dessin est très cartoon et simplifié avec des couleurs numériques criardes.

Il faut souligner enfin le beau travail d’édition d’Urban Comics. On trouve de très bonnes introductions avant les différents chapitres pour replacer dans la chronologie générale des comics et de DC. Chaque épisode débute par un petit résumé de l’évolution des personnages, du contexte des personnages de la ligue et une biographie des auteurs. Ces textes bien écrits donnent parfois envie de lire ce qu’on ne trouve pas dans l’anthologie.

Alors, convaincus ?

Dans l’ensemble, j’ai apprécié ce volume. Cette anthologie nous permet de rendre disponibles des numéros introuvables. On ne peut pas en attendre énormément car il n’y a qu’un seul épisode par période. Les débuts s’en sortent très bien car ils ne sont pas organisés en arc et donc il est facile de séparer un épisode. C’est plus dur ensuite. Cependant, cela risque de vous coûter très cher ensuite car cela donne envie de lire beaucoup plus.

Thomas S.

Un commentaire Ajoutez le vôtre

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s