[review] Docteur Strange 1 et 2

Après le dieu nordique, j’ai basculé dans la magie. J’ai d’abord été attiré par le dessinateur, Chris Bachalo dont j’admire le dessin depuis Generation X puis sur Death il y a vingt ans avant de lâcher un peu. Cette relance se déroule dans le contexte de la sortie du film mais, par-delà ce but mercantile, que vaut la série ?

Un résumé pour la route

Docteur_Strange_1Stephen Strange est un chirurgien réputé qui perd l’usage de ses mains après un accident. Initié à la magie au Tibet, il devient en fait le Sorcier suprême après la mort de son mentor, l’Ancien. Dans ce volume, le Docteur Strange doit faire face à une disparition de la magie dans différentes dimensions. Pourquoi l’Empirikul veut détruire cet univers ? Comment Strange peut-il réussir à lutter alors que les autres sorciers suprêmes ont disparu ?

Jason Aaron (Sclaped, Wolverine, Thor) est chargé de relancer ce très ancien titre qui a connu des passages notables mais il y a bien longtemps. Aaron est sans doute un de mes deux scénaristes préférés chez Marvel. Sur Comics have the Power, nous avons entre autres chroniqué All New Thor et d’Unworthy Thor.

On en dit quoi sur Comics have the Power ?

Le premier tome est un lancement réussi en présentant avec brio un nouvel univers et en lançant une intrigue intéressante. Pour introduire cette nouvelle série, Jason Aaron utilise un procédé assez classique : Zelma Stanton est une patiente qui découvre l’univers du Docteur des arts mystiques. Cela permet ainsi au lecteur d’intégrer à un nouvel univers mais aussi de visiter sa maison. J’avoue que ces pages d’architecture sont mon point faible. J’adore découvrir des maisons ou des bases secrètes.

Dans ce premier arc, un scientifique rationaliste d’un autre monde veut effacer la magie pour laisser régner la froide réalité de la science. Cet effacement est l’occasion d’allusions drôles à Harry Potter et Ali Baba. Cette confrontation entre la magie et la science peut sembler assez banale dans les premières pages mais heureusement Aaron ne s’y attarde pas. Au fil de la lecture on se rend compte qu’Aaron raconte plutôt la vengeance d’un orphelin en souffrance. Plus généralement, la représentation de la douleur est le thème sous-jascent de cet arc. L’ennemi mais aussi Strange souffrent. La magie ce n’est pas abracadabra mais chaque sort a un coût élevé. Les conséquences des actions magiques se voient dans l’intérieur du corps Strange qui ressort chamboulé par chaque sort. Wong n’est plus seulement un domestique asiatique mais incarne le côté douloureux de la magie. Au cours du deuxième volume, Strange accepte son héritage de souffrance pour réussir à vaincre l’Empirikul. Pour aider Strange, des inconnus acceptent de souffrir pour les autres. Cette bonne idée reste peu développée. Les deux faces de la magie s’incarnent aussi géographiquement de manière assez classique avec la différence entre monde matérialiste des Etats-Unis et l’Inde mystérieuse.

Docteur_Strange_2Aaron réalise une très belle actualisation du sorcier de Marvel tout en respectant les basiques de Ditko. Cela commence dès les premières pages, Aaron joue avec le passé en rendant hommage à Ditko car il reprend ses planches originales mais en intégrant un nouveau texte par-dessus. On trouve de multiples références dans le premier volume avec le nom de ce génie sur la couverture du numéro deux puis à nouveau lors d’un passage de Strange à Hong Kong. Cependant, Aaron affirme sa singularité et il est pour cela bien servi par Bachalo. Il ajoute ponctuellement des traits d’humour comme les pratiques culinaires d’outre monde de Strange. Strange est aussi plongé dans une ironie bien agréable. La vision des mondes magiques est différente de la création par Ditko. Ce dernier présente des mondes exotiques par contraste avec un réel sombre et proche des pulps (romans de gare). Aaron choisit de montrer l’interpénétration des deux mondes au contraire de la philosophie objectiviste vantée par Ditko. Aaron met en avant plutôt la confusion du monde réel et le métissage.

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Aaron ajoute aussi des lieux à la mythologie de Strange : le bar des sorciers qui intègre une allusion à Mandrake, personnage vénérable des pulps dont le Docteur Strange est la transposition par Marvel. On y trouve mes magiciens préférés (Shaman, la Sorcière rouge, Magie…). Ces personnages aideront plus tard Strange. Il est assez surprenant de voir ce héros assez solitaire rassembler une équipe. Hélas, le récit est centré sur Strange et les autres restent des faire-valoir sans personnalité.

Après un volume de présentation, Aaron s’empare de l’univers avec respect et décalage dans le deuxième volume. Au fil de récit, Strange perd sa magie et aussi ses repères. Wong et l’Empirikul représentent la rationalité qui fait perdre la naïveté du docteur. Cet arc se termine par des combats épiques. Cependant, on retrouve dans le deuxième volume un épisode inutile de reconquête après un effondrement. L’action s’enlise malgré la recherche de talismans. Est-ce le problème de l’écriture en arc ?

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En ce qui concerne les dessins, Bachalo réalise une splendeur graphique avec des dessins ronds mais jamais naïfs. Au fil des pages, on croise de superbes compositions en double page et dans tous les sens. Des tentacules ou des racines servent de fil rouge en facilitant la lecture. Par ce biais, Bachalo peut multiplier les organisations complexes et les délires visuels tout en restant facilement lisible. Ces superbes planches mélangent un style très doux et des scènes d’action. Dans le deuxième volume, on trouve plus de dessinateurs. Ces changements de style correspondent à l’histoire des voyages dans les différents mondes magiques de la terre et des effets locaux de la fin de la magie.

Les couleurs de Tim Townsend, Al Vey & Mark Irwin, bien qu’un peu grises dans le deuxième volume sont bien meilleures que dans The Uncanny X-Men, la série précédente de Bachalo. Les couleurs servent le récit dès le début avec un monde réel en blanc et un peu noir alors que les parasites magiques sont en couleur. Dans le premier volume, il y a peu de contraste. Dans le second volume, les couleurs deviennent numériques. Dès le début, le rendu est plus fin, plus charnel et plus variée mais il subsiste un filtre lisse devant le dessin. Au fil des épisodes, ce filtre disparaît ensuite. C’est assez amusant de voir l’artiste s’approprier ce nouvel outil.

A la fin de chaque volume, Panini collecte l’ensemble des couvertures y compris les éditions limitées. Une fois vu le superbe travail de Bachalo, on comprend alors très mal pourquoi il n’est sur aucun des couvertures de l’édition française.

Alors, convaincus ?

J’ai été envoûté par les débuts de cette nouvelle série. Aaron est hyperactif chez Marvel en ce moment mais reste très constant dans la qualité. Il réussit très bien l’exercice de relauncher avec un esprit personnel sans trahir. Bien que le thème soit peu présent, son idée de parler de la souffrance est assez fin et surtout original. Dans le deuxième volume on trouve quelques épisodes peu utiles.

De plus, il est très agréable de lire une équipe créative stable sur plus de cinq épisodes et aussi complémentaire. Moins révolutionnaire et original que Thor, cela reste tout de même très agréable et visuellement c’est superbe.

Pour un autre avis sur le tome 1, vous pouvez cliquer ici.

Thomas S.

 

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