[review] Wonder Woman Terre-Un

Après Batman et Superman, Wonder Woman a, elle aussi, droit à son incursion dans l’univers Terre-Un qui permet aux auteurs de revisiter les origines des personnages en leur offrant une interprétation moderne et personnelle. Curieuse de voir comment le personnage de Wonder Woman pouvait être traité dans un tel contexte et attirée par les dessins de Yanick Paquette, j’ai donc fait l’acquisition de cet ouvrage.

Un résumé pour la route

wonder-woman-terre-un-1Wonder Woman Terre-Un est scénarisé par Grant Morrison et illustré par Yanick Paquette. L’ouvrage sort aux Etats-Unis en 2016 et en France en mars 2017 chez Urban Comics. Il s’agit ici d’un premier tome, le second est attendu pour 2018.

Après la tentative d’asservissement brutale des Amazones par Hercule, elles décident, sous la houlette de la reine Hippolyte de se retirer du monde et de s’en isoler pour vivre en paix. Depuis des millénaires, les Amazones vivent paisiblement à l’écart du « monde des Hommes » mais leur quiétude risque fort d’être bouleversée par la soif de nouveauté de la princesse Diana.

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Le récit s’ouvre sur le combat acharné que se livrent Hercule et Hippolyte. Morrison reprend ici les récits mythologiques puisque voler la ceinture d’Hippolyte est un des douze travaux d’Hercule, et l’auteur se place également dans les pas de Marston, créateur de Wonder Woman tout en s’en démarquant. En effet, dans le récit des origines de Marston, Hippolyte, emprisonnée et asservie, implore Aphrodite de la libérer du joug d’Hercule. Chez Morrison, nul besoin d’intervention divine : les Amazones prennent leur destin en main et se libèrent seules, déchaînant leur violence contre les sbires du fils de Zeus. C’est une variation importante du récit qui aura des conséquences y compris sur les origines de Diana qui sont, là encore, assez différentes de celles imaginées par son créateur.

Les pages de combat entre Hippolyte et Hercule sont dantesques et sont, à mon avis, les plus belles de ce titre. L’ambiance y est sombre, il pleut continuellement. Yanick Paquette confère à la reine des Amazones une grâce empreinte de force et à Hercule un caractère d’une bestialité sans égale. Paquette ajoute des décors de poteries et de frises grecques pour bien montrer les origines anciennes et légendaires de cette histoire. Ces planches sont tout bonnement magnifiques et, pour ma part, j’ai passé de longs moments à les admirer.

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Lorsque le récit bascule dans la période contemporaine, l’ambiance change du tout au tout. Le soleil est radieux, le ciel bleu et Themyscira s’élève majestueusement au dessus d’une mer laiteuse. Les bâtiments d’architecture grecque pourraient faire penser qu’on se trouve dans un monde archaïque mais des éléments d’une technologie avancée démontrent le savoir des Amazones : véhicules volants, rayon guérisseur etc. Pourtant, ce monde de quiétude est bouleversé par l’attitude de la Princesse Diana qui a choisi de se rendre dans le monde des Hommes et de porter secours à l’un d’entre eux, Steve Trevor. Wonder Woman comparaît enchaînée afin de répondre de ses actes devant un tribunal d’Amazones. Les chaînes de Diana rappellent les scène de bondage glissées par Marston dès les premiers épisodes dans les années 1940, Paquette et Morrison rendant ainsi un hommage constant au créateur du personnage. Alors que dans les premières pages, les décors grecs rythmaient les pages, c’est ici le lasso de vérité qui fait office de lien entre les vignettes. Hippolyte paraît bien plus hiératique et lointaine dans cette partie du récit, adoptant ainsi une posture de souveraine qui se veut impartiale.

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Deux conceptions du monde et du féminisme s’affrontent dans Wonder Woman Terre-Un. Hippolyte campe un féminisme isolationniste qui refuse de mettre en danger les femmes en les exposant à leurs prédateurs. Elle préfère se retirer du monde et rester dans l’entre-soi pour éviter de revivre la souffrance et l’asservissement. Diana, au contraire, représente les partisanes d’un vivre-ensemble, une tentative de réconciliation dont elle n’est pas sûre elle-même que ce soit la bonne solution. Elle est toutefois plus optimiste même si elle souligne tous les travers du « monde des Hommes » qu’elle part découvrir. Diana n’est pas naïve mais elle souhaite affronter la réalité plutôt que de la fuir au risque qu’elle nous rattrape. Au cours de son périple dans le monde, Diana est confrontée à plusieurs types humains : l’homme altruiste qu’est Steve Trevor, le médecin irascible -qui a d’ailleurs les traits de Yanick Paquette – les histrions va-t-en-guerre de l’armée des Etats-Unis. Elle rencontre aussi des femmes généreuses qui lui donne foi en l’Humanité.

Wonder-Woman Terre-Un est aussi le récit de l’adolescence avec une Diana qui se rebelle contre l’autorité maternelle qui se veut douce mais ferme et parfois étouffante. Elle symbolise la jeunesse qui veut s’émanciper d’un monde ancien qui ne correspond plus à ses aspirations. Diana est aussi la représentant d’une jeunesse qui se découvre une conscience politique et souhaite mener ses propres combats. Si j’ai une grande affection pour cette Diana qui risque tout et remet en cause jusqu’à ses liens amoureux, familiaux et sociaux, j’ai un petit faible pour Hippolyte qui, marquée par son affrontement avec Hercule, cherche à tout prix à protéger les siennes d’un monde qu’elle déteste.

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Alors, convaincus ?

Wonder Woman Terre-Un est à la fois un hommage aux meilleurs récits mettant en scène les Amazones et une interprétation très personnelle de Diana et de ses sœurs. Grant Morrison et Yanick Paquette ont choisi, avec succès, un récit militant qui réussit à ne pas être pesant. On peut le lire comme un titre évoquant l’adolescence et sa rébellion contre l’ordre établi, comme un manifeste féministe ou simplement comme un récit d’aventures.

La partie graphique réalisée par Yanick Paquette est de toute beauté, il sait capter l’essence de ses personnages et les insérer dans des ambiances parfaitement adaptées. Le choix de rythmer le récit par des phylactères – frises grecques ou lasso de la vérité – donne de la force et du liant à ses dessins.

Enfin, le choix de redonner d’autres origines à Diana, écartant ainsi la proposition assez incongrue de Brian Azzarello tout en rejetant les origines classiques, peut être un bon intermédiaire et fonctionne assez bien.

Bref, si vous cherchez un titre plutôt moderne, un ouvrage brillamment illustré, ce Wonder Woman est fait pour vous. Connaître le personnage et ses différents titres est un atout pour apprécier toutes les subtilités scénaristiques ou les références qui se glissent ça et là mais on peut parfaitement lire cet ouvrage sans avoir rien lu auparavant sur le sujet.

Enfin, je vous recommande l’interview de Yanick Paquette, réalisée au TGS 2017 par LesComics.fr

Sonia D.

 

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4 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. Très bonne critique. Comme toujours avec Morrison j’ai ete déroutée au début,puis ça c’est arrangé petit à petit. C’est vraiment une interprétation très intéressante (et parfois très crue dans ses images et propos, mais ça colle bien)

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    1. Sonia Smith dit :

      Merci :-), j’avais été très déroutée par la réécriture des origines par Azzarello qui ne me convenait pas du tout, ici c’est une autre version qui me paraît plus intéressante et moins farfelue.

      Aimé par 1 personne

    2. Ah oui je me souviens de tes différentes avis sur le run de Azzarello dans le podcast. C’était appréciable dans son ensemble, meme si certains détails chiffonnent en effet.

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    3. Sonia Smith dit :

      Tout à fait, il y a de très bonnes choses dans ce run, mais d’autres qui, si on regarde de près, sont assez gênantes sur le fond.

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