[Review] Moonshine un polar à boire cul sec

Moonshine_1Offert par un ami, j’ai pu découvrir la nouvelle série du duo qui avait frappé très fort avec 100 bullets : Brian Azzarello et Eduardo Risso. Que vaut ce nouveau cycle ? La réponse avec les six épisodes de la série dans un premier volume de 160 pages sorti chez Urban comics.

Un résumé pour la route

Un mafioso de New York se réveille avec une sacrée gueule de bois et se demande bien ce qui lui a pris de picoler alors que, pour la première fois, il est chargé seul d’une mission. Il doit négocier la livraison exclusive d’un alcool frelaté de haute qualité dans un bled paumé. Cette mission se révélera de plus en plus corsée…

 

On en dit quoi sur Comics have the power ?

Les lecteurs de 100 Bullets n’auront pas la gueule de bois car on vendange toujours le polar mais, cette fois, on est noyé dans les années 1930 pendant la prohibition. Moonshine est, à la fois, un alcool de contrebande réalisé sous la lune mais c’est aussi une subtile allusion à un mystère qui se dévoile peu à peu au cours du récit.

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Moonshine c’est la prohibition à travers le verre d’un gangster et en campagne. Azzarello choisit les années 1930 comme terroir et montre la misogynie, le racisme et la contrebande d’alcool mais ne creuse pas vraiment le millésime. On retrouve un tannin sombre et le polar de 100 Bullets mais dans un genre historique et dans un terroir plus resserré : on ne sortira pas de ce village et des forêts autour.

Le premier épisode marque le début classique de présentation d’une nouvelle série : un étranger, ici un immigré italien, arrive dans une petite ville avec des secrets. L’histoire est racontée en voix off du point de vue subjectif de Lou Pirlo, italo-américain de New York. On s’attend à un récit d’action, de lutte entre des bouseux et des mafieux mais l’histoire se vinifie peu à peu vers le fantastique. Azzarello déguste un solide récit de genre bien ambré sur l’ensemble du volume. L’action s’alcoolise dès le deuxième épisode et la tension ne cesse de grimper. C’est un récit dense qui permet d’en dire beaucoup tout en restant très facile à lire.

Le degré d’action descend à l’intérieur d’un épisode pour que l’on en apprenne un peu plus sur certains personnages même si c’est encore très flou. Chacun semble chercher un ailleurs sauf le patriarche. C’est ce qui crée la tension et lance l’action. Lou, le personnage principal, est la pétillante réussite de cette bouteille. Il a une évolution qui apporte un vrai label original. Dans le premier épisode, il nous apparaît comme le stéréotype du mafieux macho, un vrai dur mais cela se vide vite… Au fil des verres, Lou se transforme en un antihéros perdu et de plus en plus complexe. Lou ne cesse de rater l’action car il tombe dans un coma éthylique – ou non. Cependant, il réussit tout de même à chaque bouteille à s’enfoncer un peu plus à chaque fois. Il ne cesse d’accumuler les défauts au fil du récit. Il est non seulement macho mais aussi alcoolique, dépressif puis peureux.  Sa malchance et sa maladresse constante en deviennent drôles.

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Azzarello arrive dans son récit à mélanger la peur, l’action, le pathétique en 6 épisodes. Le dernier épisode est un cocktail final mais en retard car Lou a encore manqué le règlement de compte. Cet épisode relance le récit avec un tueur inconnu et un cliffhanger bien ambré. Azzarello nous fait déguster un univers intrigant avec différents mondes dans un village pourtant isolé. On s’assèche le gosier en attendant les prochains volumes avec impatience pour déguster ces univers.

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Eduardo Risso avait au départ un style proche du Miller de Sin City. Bien que le scénario soit encore un polar hard boiled comme Sin City, le dessin de Risso se détache peu à peu de ce grand cru écrasant. Il utilise moins souvent les contrastes forts entre un aplat noir et un éclat de couleur. Sa ligne se fait plus détaillée et moins graphique. Le trait est et moins géométrique. Le dessin apparaît donc moins symbolique et plus réaliste. Risso arrive à être très fort autant dans les parties réalistes que dans le delirium tremens du héros. Visuellement, il tente beaucoup de mélanges – jeux sur les couleurs, les contrastes, l’encrage ou son absence, l’aquarelle côtoie le feutre – et réussit mais sans jamais faire gadget car tout est fluide et en lien avec le récit. De la même manière, la composition des pages est colorée et très variée mais la lecture est fluide. Le dessin est encore plus magnifique avec les couleurs assurées par Risso lui-même. Une couleur domine par page les teintes changent fortement selon les pages en fonction du lieu représenté ou du sentiment mis en avant. Ce n’est pas monotone, ce n’est pas non plus un carnaval bigarré mais un bel entre deux. Les couleurs sont souvent très lumineuses ce qui surprend vu le genre inspiré des polars et films noirs.

Urban Comics ne fait aucun mauvais mélange. Le papier est de très bonne qualité et cela fait ressortir le noir et les beaux clair obscurs. De plus, on trouve à la fin du volume une jolie galerie avec les couvertures originales à la fin et même des éditions limitées de Jock, Lee Bermejo, Frank Miller et Cliff Chiang, que des grands crus.

Alors, convaincus ?

Moonshine est donc un récit qui étanche la soif, bien écrit et magnifiquement dessiné. On passe un très agréable moment à le lire et on attend avec impatience la suite. Cela sera-t-elle une série au long cours ou plus courte ? Attention à l’overdose car 100 Bullets qui avait démarré comme un bon apéritif, s’était peu à peu enfoncé dans la gueule de bois. Je ne saurais terminer sans vous conseiller d’écouter Johnny Cash ou Robert Johnson (dont les paroles envoûtent notre héros) tout en lisant. Pour la boisson, je vous laisse le choix…

Thomas S.

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Un commentaire Ajoutez le vôtre

  1. I don’t even know the way I finished up here, but I assumed this put up was once good.
    I do not know who you’re however certainly you’re going to a
    well-known blogger in the event you are not already. Cheers!

    J'aime

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