[review] All New Captain America #1

Très disputé – euphémisme – sur les forums américains et en France, les changements des héros emblématiques du passé de Marvel par des figures peu visibles dans les comics – Thor devient une femme et Captain America est noir – m’intriguaient. Derrière l’opération marketing, comment Marvel allait traiter la question de la diversité ? Après le run d’Aaron et Dauterman sur Thor, j’attendais avec impatience All-New Captain America. Je me demandais comment Remender et Immonen allaient faire accepter le changement de ce symbole d’un pays pour montrer qu’une autre représentation des Etats-Unis est possible ?

Un résumé pour la route

Captain America_1Ce volume de 144 pages rassemble les premiers épisodes de la nouvelle série de Captain America – All-New Captain America #1-6. Tous les épisodes sont écrits par Rick Remender et dessinés par Stuart Immonen. Remender est un scénariste très recherché des comics qui travaille aussi bien pour Marvel qu’en indépendant (Black Science). Sans être un fan, j’apprécie le plus souvent ses travaux. Je suis encore plus admiratif du dessin de Stuart Immonen. Ses œuvres qui m’ont le plus touché sont New Avengers et All-New X-Men.

A la fin du dernier volume, Iron Nail a siphonné tout le sérum de super-soldat de Steve Rogers. Cette opération a fait retrouver à Steve Rogers le corps d’un homme de 90 ans. Incapable d’assurer la fonction de Captain America, il choisit le Faucon pour lui succéder. Cependant, il n’est pas nécessaire de connaître ce qui précède pour suivre ce volume.

 

On en dit quoi sur Comics have the power ?

Comme je l’ai indiqué en introduction, cela ne me dérange pas que l’on remplace un héros. Ce changement peut être l’occasion d’apporter une fraîcheur à la série et, de toute manière, c’est le plus souvent temporaire. Cependant, le changement de personnage n’est intéressant que si la dynamique change. Est-ce le cas ici ?

Remender centre son questionnement autour de la légitimité de ce nouveau Captain America mais il ne passe par des cases de pensées existentielles. Il intègre ce récit dans l’action. Dès la première page du premier épisode, Remender règle ce problème pour le lecteur en replaçant Sam dans l’histoire globale de son pays : Sam Wilson est bien un symbole complexe de son pays car il devient orphelin à cause de la violence des ghettos mais l’ancien Faucon choisit de suivre l‘enseignement de ses parents en refusant la violence. Dès cette page, je suis conquis car Remender réussit à replacer un personnage secondaire dans l’histoire plus générale du pays mais sans nationalisme ni naïveté. Chaque épisode de ce volume débutera ensuite par un flash-back en noir blanc ou presque – un peu comme dans Sin City – du passé de Sam. C’est un moyen très habile de creuser le passé d’un sidekick trop souvent mis de côté et cela le rend attachant. Remender arrive ici à faire des rappels constants à l’Histoire mais sans lourdeur. Il évite également des stéréotypes sur les Noirs américains.

Le récit continue sur la piste politique mais de manière très humoristique avec Batroc.  Ce combattant de savate (la boxe française) est présenté comme le Français sarcastique typique qui critique sans arrêt les Etats-Unis. Il me semble que c’est un moyen assez habile de montrer tous les aspects sombres des USA.

Remender montre aussi que le nouveau Captain America est légitime car ce récit s’inscrit dans l’arc antérieur ou dans l’histoire bien plus ancienne de Captain America : un nouveau Nomad est incarné par le fils de Steve Rogers. Sam Wilson est non seulement un super-héros crédible mais il devient un personnage central du nouvel univers Marvel. Remender fait dans ce récit des allusions à ce qu’il se passe pour les Inhumains et introduit le crossover Secret empire.

Captain America_2

Non seulement le récit montre qu’un noir peut-être le symbole d’un pays mais, par sa manière de structurer son récit, Remender montre qu’une histoire sur une minorité moins représentée chez Marvel peut tout à fait être dans le style de la Maison des idées. Est-ce un moyen de rassurer les fans perturbés par un Cap noir ? En effet, dès le premier épisode, on retrouve le thème classique chez Marvel du trauma initial qui fait naître un super-héros. Nous sommes bien chez Marvel.

 

Les êtres humains sont bien traités mais le scénario ne néglige pas les animaux. Contrairement à Disney, le compagnon ailé de l’ex Faucon ou sa relation aux oiseaux ne sont pas traités de manière niaise mais bien intégrés aux péripéties.

A l’intérieur du récit, le nouveau Captain America semble peu à peu sentir la lourdeur de sa charge. Les blagues du sidekick se réduisent pour un questionnement sur sa place en tant que Captain America. Avec l’épisode 5, Sam veut prouver qu’il est à sa place, un peu comme les minorités qui doivent en faire deux fois plus pour prouver leur légitimité.

L’autre thème qui parcourt le récit est celui du racisme et de l’exclusion, un peu à l’envers de la légitime inclusion du nouveau héros. Dans le cadre d’un danger mondial, Remender présente une parabole du racisme comme un virus stérile face à un héros noir qui se questionne sur sa famille : Sam veut être père mais peut-il alors être un super-héros ?

Cette thématique intégrationniste serait lourde si elle ne s’intégrait dans un récit d’aventure haletant. Sam est un Captain America légitime car il sait faire face à tous les ennemis emblématiques de Cap en un seul combat à partir de l’épisode 2. C’est dans et par l’action que Remender développe ses idées. Il n’y a aucune case de réflexion politique ou presque mais le scénariste a le talent d’utiliser les scènes d’action pour faire passer son message. Les combats sont très aériens. Remender arrive à terminer chaque épisode par un cliffhanger qui pousse à lire vite la suite. Le complot que cherche à déjouer Captain America est très agréable à suivre. La disparition d’un personnage est cependant peu crédible. Personne ne semble vraiment affecté car tous semblent savoir que la mort ne dure pas chez Marvel ce qui devient un vrai problème.

Ce récit est aussi serti de cases superbes. Immonen est un de mes dessinateurs actuels favoris. On peut trouver son style classique ou passe-partout mais j’adore ce dessinateur qui a, selon moi, une vraie originalité dans l’anatomie des héros : ils sont musclés sans caricature. Le découpage des différentes cases est très dynamique : le regard va dans tous les sens de droite à gauche, de haut en bas. On est surpris à chaque page de l’agencement de la page et cela donne un sentiment d’urgence qui cadre parfaitement avec le stress de Cap qui a un complot à déjouer. Ce chaos très structuré dans la page sert parfaitement ce récit d’action et le lecteur peut suivre très facilement et avec jouissance les combats. Immonen en profite pour placer souvent Captain America dans des positions iconiques. Cela rend ce héros en quête de légitimité majestueux.

Enfin, il a une vraie douceur du trait qui apporte une fluidité dans la lecture. Chaque épisode est toujours fini sans que l’on n’ait jamais l’impression que le dessin est bâclé. On ne se rend compte qu’en feuilletant au hasard les pages combien son dessin est complexe et superbe. Il arrive à rendre touchante la mort d’un oiseau. C’est un artiste discret, mais quel talent ! 

Ce trait simple mais efficace est rehaussé par de superbes couleur vives et très variées selon le ton de la scène. C’est une explosion de couleurs pour ce récit d’action. Par contraste, dans les flash-backs, il y a un jeu intéressant sur le rouge et des tons de gris.

L’édition de ces épisodes est irréprochable avec un papier de qualité et une reliure solide. Je n’aurais pas été contre un recueil plus long et sorti plus tôt.

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Alors, convaincus ?

Totalement conquis par ce récit et j’ai hâte de lire la suite, même si ce volume est bien construit, car un arc se termine à la fin de ce tome. L’action est jubilatoire tant pour l’image que pour les péripéties scénaristiques. Le fond est dense et passionnant sans lourdeur. De plus, cela m’a offert un contraste saisissant car Remender y est bien plus positif que dans Black Science. Je me dois en fin d’article de confesser cependant que je n’arrive pas à être objectif car j’ai un vrai attachement pour le Faucon, sans savoir pourquoi. Est-ce le souvenir d’un de mes premiers comics lu tout jeune enfant ? Une transposition de ma passion pour l’animal ? Le rêve de planer comme un oiseau mais sans vertige ?

Thomas S.

 

 

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