[review] Intégrale Inhumains 1967-1972

A l’heure où la série The Inhumans commence à être diffusée aux Etats-Unis sur ABC, Panini Comics avait anticipé cette sortie avec la parution d’une intégrale consacrée aux Inhumains qui nous permettent de découvrir les premières aventures de ce nouveau groupe de personnages imaginé par Jack Kirby. On retrouve chez ces personnages de nombreuses préoccupations de Kirby, c’est pourquoi je me suis lancée dans cette lecture.

Un résumé pour la route

Inhumains_Integrale_1967_1972Ce volume rassemble les aventures des Inhumains publiés dans le magazine Thor entre 1967 et 1968, dans Marvel Super-Heroes en 1968 et Amazing Aventures entre 1970 et 1972. Les scénaristes crédités dans ce numéro sont Stan Lee, Jack Kirby, Roy Thomas, Archie Goodwin, Gerry Conway et Arnold Drake.

Au dessin, on retrouve Jack Kirby, Neal Adams, Gene Colan, Mike Sekowsky et Tom Sutton.

Alors que l’homo sapiens en est à ses balbutiements et vit encore dans des cavernes, vêtu de peaux de bêtes et communiquant en éructant, une forme de vie plus évoluée se réfugie sur une sorte d’arche, Attilan et donne naissance à une nouvelle espèce : celle des Inhumains. Ces personnages vouent leur existence au développement de la connaissance, évitant soigneusement de croiser les humains primitifs qui cherchent à les tuer car ils en ont peur. Pourtant, chez les Inhumains aussi, il existe des traîtres et des individus mal intentionnés qui vont briser l’harmonie de ce peuple de scientifiques…

On en dit quoi sur Comics have the Power ?

Les amateurs de Jack Kirby sont comblés cette année avec le centenaire de sa naissance et les événements qui l’accompagnent. Ces premiers épisodes des Inhumains reprennent de nombreuses préoccupations de l’artiste et ce, dès les premières pages.

On retrouve l’opposition de la bestialité, représentée par l’espèce humaine pourchassant tout ce qu’elle ne comprend pas à coup de lances, et de la science incarnée par une espèce qui semble bien différente de ses frères homo sapiens. Alors que la Terre est livrée à la sauvagerie, les ancêtres des Inhumains sont obligés de se réfugier dans un tout petit sanctuaire, Attilan sous peine d’être réduits en pièces par les Humains qui en ont peur. Surprenant choix : avec leur technologie, les résidents d’Attilan auraient vite fait d’envoyer paître les Cro Magnon mais ils préfèrent se terrer loin de ces derniers.

On s’interroge tout de suite sur la différence entre les Inhumains et les Humains et la réponse arrive assez vite : les premiers sont issus d’une expérience réalisée par une race extraterrestre : les Krees. Kirby reprend ici la théorie selon laquelle des extraterrestres auraient débarqué sur Terre il y a fort longtemps et qu’on aurait finalement assimilé à des dieux. Les Krees avaient laissé sur Terre une Sentinelle – figure qu’on croisera également à bien des reprises chez Marvel sous d’autres formes.

Lee et Kirby présentent ensuite la nouvelle génération d’Inhumains dont les parents furent exposés aux brumes tératogènes qui leur donnèrent leurs pouvoirs et l’on découvre la figure majestueuse et tragique de Black Bolt (Flèche Noire) qui ne peut prononcer le moindre mot. S’il est clairement identifié dans le récit comme l’homme bon et sage, il est aussi maudit puisqu’il ne peut pas communiquer directement avec ses semblables. Chez Kirby et Lee, le pouvoir est souvent associé à une malédiction et c’est encore une fois le cas ici. Il faut tout le génie de Kirby pour rendre expressif avec ses yeux et ses gestes un personnage aussi mutique.

Integrale_Inhumains_

Aux côtés de Black Bolt, on retrouve toute une série de personnages qui en rappellent parfois d’autres à l’instar de Maximus, le frère jaloux de Black Bolt, qui n’est pas sans évoquer la figure de Loki auquel il ressemble d’ailleurs beaucoup. Medusa joue le rôle de l’épouse dévouée tandis que la jeune Crystal apporte une touche de candeur à cette famille compliquée. Gorgone, Karnak et Triton vont compléter l’équipe et servir de fidèles compagnons à leur souverain muet. N’oublions pas enfin le chien Lockjaw qui dispose du pouvoir de se téléporter d’un point à un autre mais aussi d’entraîner les autres dans ses voyages. Ce type de transport est, là encore, un thème prisé par Kirby.

Les auteurs font référence aux éléments de science-fiction et de culture populaire dont ils se sont nourris : la créature des marais apparaît ainsi que l’industrie du cinéma dont les auteurs se dépêchent de faire une satyre montrant un milieu sans scrupules uniquement intéressé par le profit immédiat. Les thématiques de la peur de l’autre et du rejet de l’inconnu et du fanatisme primaire prédominent également dans ce titre.

Inhumains_Integrale_1Graphiquement, ce recueil est un vrai plaisir : la première partie est due à Jack Kirby, on profite donc pleinement de ses splash screen, de ses personnages musculeux, puissants aux figures grimaçantes et hallucinées ou des fameux « Kirby krackle ». On trouve aussi un épisode de Gene Colan mettant en valeur une Medusa plutôt sensuelle et retombant dans ses travers criminels pour une bonne cause. Neal Adams est présent pour mon plus grand bonheur avec son style d’une élégance inimitable – un de ses épisodes est superbement encré par Tom Palmer. Je suis, pour ma part, moins séduite par le style plus grossier de Mike Sekowsky malgré un épisode encré par Bill Everett – excusez du peu.

L’album finit par plusieurs épisodes parodiques et humoristiques « à la manière de » vraiment hilarants.

Alors, convaincus ?

Si vous nous lisez régulièrement, vous savez maintenant que nous aimons les comics « vintage » et ici, nous sommes vraiment gâtés. Débuter cette intégrale par le duo Stan Lee / Jack Kirby et terminer par Roy Thomas associé au fabuleux Neal Adams ne pouvait que nous combler. Il y a quelques épisodes intermédiaires moins réussis à nos yeux – ceux de Mike Sekowsky – mais l’ensemble est de très belle facture.

Integrale_Inhumains_2

Les Inhumains sont, comme souvent chez Marvel, le prétexte à évoquer les grandes thématiques humaines que sont la relation à l’autre et le racisme. Le titre est aussi marqué par les préoccupations de son temps et traite dans les épisodes des années 1970 des luttes des noirs américains pour l’égalité des droits. Mais on retrouve aussi avec bonheur les extraterrestres et autres démiurges chers à Kirby.

Si le personnage de Flèche Noire (Black Bolt) prédomine, écrasant un peu le reste de la troupe, à l’exception de Triton et Médusa qui tirent un peu leur épingle du jeu, cette intégrale est l’occasion de remonter aux origines d’une équipe qui fait parler d’elle en cette année 2017 et de se faire plaisir en contemplant les pages de Kirby et Neal Adams.

Sonia D.

 

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