[review] Black Science

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Ayant découvert par hasard cette série à la suite du cadeau d’une amie, j’avais beaucoup aimé les dessins et l’histoire m’intriguait. Désireux de lire la suite, j’ai attendu le tome 4 pour me faire un avis définitif. 

Un résumé pour la route 

Black_Science_2Grant MacKay est un scientifique qui vient d’aboutir après d’épuisantes années de recherche. Avec deux collègues, il a créé le Pilier, un outil pour voyager dans des dimensions parallèles. Il est persuadé que cette invention va lui permettre de résoudre les maux de notre société. Il veut expérimenter son invention avec son trésorier, des collègues et ses deux enfants. Mais tout dérape car le Pilier a été saboté. Ce groupe que le hasard a réuni va alors chercher à rentrer à tout prix dans sa dimension. 

Rick Remender est un scénariste américain de plus en plus reconnu dans le monde des comics. Il a travaillé en même temps chez Marvel (HulkUncanny Avengers) et chez Image (Fear AgentDeadly ClassLow). Depuis quelques années, il se concentre sur ses œuvres en creator-owned (les artistes sont entièrement propriétaires de leur création et libres dans leurs récits). J’apprécie souvent ses récits mais sans grande passion. 

Les dessins sont de l’italien Matteo Scalera. Black Science est la seule œuvre que je connais de lui. Moreno Dinisio est le coloriste attitré de Scalera. 

Black Science est publié en France chez Urban Indies. Pour l’instant, cinq tomes sont sortis contenant chacun cinq épisodes. 

On en dit quoi sur Comics have the power ? 

Au-delà de l’histoire, j’ai été convaincu à chaque planche par les superbes dessins de Scalera. On n’est pas dans un style hyper réaliste à la Finch mais son trait est graphique et personnel (les nez sont des triangles très allongés à la Pinocchio par exemple). Certains pourraient presque le décrire comme un mélange entre un style comics (angle du dessin et corps déformés par l’action) et une influence cartoony (visages ronds et simplifiés). Je vois plutôt l’influence de la ligne claire franco-belge (simplification des formes) mais avec des décors bien plus réalistes. Le découpage est très diversifié selon les pages et cela crée un dynamisme de lecture. L’œil navigue à chaque page différemment, il est surtout captivé par les angles très originaux et le trait très personnel de Scalera. Un autre élément ajoute à la qualité des dessins : les superbes couleurs de Dinisio. Je ne remarque hélas pas le travail des coloristes mais, au cours des différents albums, je suis de plus en plus captivé par ces couleurs. Cet artiste arrive en effet à créer une ambiance très sombre (noir, marron ou violet) mais avec des éclats de couleurs vives (jaune, vert…). Cela rend bien le contraste des émotions où la noirceur du récit est parfois brisée par des éclats d’optimisme. 

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A partir du tome 4, il y a un superbe jeu sur les textures qui s’ajoute à ce travail. Dans les cases, on voit une domination de peinture mate mais avec des parties brillantes. Ce contraste apporte profondeur et épaisseur au dessinCe teint mat va parfaitement au thème nostalgique. 

Remender conduit l’action de manière trépidante. On est embarqué très vite dans les péripéties. Cette histoire de mondes parallèles est aussi bien menée. J’ai toujours adoré cette idée : que serait le monde si… ? Que serais-je ailleurs ? Remender fait ici des choix très originaux. Il évite les descriptions inutiles sur les monstres, l’élément exotique de l’univers etc. mais il se concentre juste sur le problème de ce monde : en quoi ce monde va mal ? Par quoi est-il bouleversé ? Chaque monde semble en effet au bord du chaos, à l’image des personnages. Sur chaque univers, on retrouve toujours les mêmes avatars des voyageurs (Grant, sa femme, Kadir…). On ne sort pas des humeurs des protagonistes pour visiter l’univers. C’est une touchante science-fiction intimiste. De plus, cela oblige Scalera à un jeu graphique intéressant : comment montrer les mêmes personnages (pour montrer que c’est un avatar) mais légèrement différents (car ils sont dans un autre univers) ? Cependant, pour le lecteur, ce n’est toujours facile à repérer. 

L’élément central de l’histoire est un échec familial : les MacKay sont une famille dysfonctionnelle à cause d’un père workoholic. Il a négligé progressivement sa famille pour créer le Pilier et sauver le monde. Peut-on sacrifier ses proches pour une cause supérieure ? On sent que cette question pèse sur le scénariste. Est-ce une partie biographique de Remender qui s’en veut de négliger sa famille pour son travail ? Black Science est-elle le reflet d’une humeur très sombre de Remender, un exutoire pour des questionnements personnels ? En tous cas, c’est une idée très intéressante dans une société américaine obnubilée par la réussite professionnelle mais c’est un peu asséné tout le temps. Black Science est l’histoire d’une chute inexorable. Dans le premier tome, seul Grant semble dysfonctionner puis on découvre au fil des quatre premiers volumes que presque chacun est concerné par cette dépression. Derrière les péripéties trépidantes, on suit un long tunnel sombre et sans lumière. Cette pesanteur m’a peu à peu gêné et j’ai failli lâcher la série. J’aurais eu tort. Ce tunnel semble se finir avec le quatrième volume ; je ne dirais pas lumineux mais optimiste : séparé de ses enfants Grant (et Remender ?) semble sortir de dépression et chercher enfin du positif. 

Entre les scènes d’action, des flash-back permettent de creuser le passé (souvent sombre) et les motivations (de plus en plus complexes) de chacun des voyageurs. Aucun personnage n’est innocent ou altruiste sauf le black, ce qui est un joli retournement par rapport à des nombreuses autres séries. Contrairement à une série chez Marvel ou DC, un personnage important peut brusquement disparaître ou changer. Cela assombrit l’histoire mais la rapproche du réel car le risque est présent pour tout le monde. Remender réussit à rendre chaque personnage intéressant en particulier les outsiders. Jusqu’au tome 3, Rebecca est surtout la maîtresse de Grant. Elle n’existe que dans sa dépendance à Grant. C’est assez regrettable mais le quatrième tome redistribue leur relation. Rebecca gagne en autonomie. 

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Remender utilise les quatre premiers tomes pour approfondir les liens collectifs. Dans le quatrième, il se concentre sur le personnage principal Grant McKay et c’est l’arc le plus réussi. Tout part d’un épisode très heroic fantasy (le numéro 17) qui m’a fait penser à Princesse Mononoke ou à la Quête de l’oiseau du temps pour aller vers des épisodes d’enquête afin de retrouver le reste de l’équipe. 

Alors, convaincus ? 

Totalement emballé par l’histoire, je suis longtemps resté sur ma faim pendant les 3 premiers tomes sans trop savoir pourquoi face à de telles qualités. En y repensant, il me semble que les défauts viennent surtout de ma vision des comics. Je trouve le personnage principal trop pessimiste. Déstabilisé par tant de noirceur psychologique, je n’adhérais pas totalement. En général, je suis attiré par les comics car je cherche l’optimiste et la lutte pour le bien. Cette métaphore de la dépression me semblait trop nihiliste : Remender semblait se noyer dans la noirceur sans voir comment faire évoluer les personnages. Le tome 4 redistribue les cartes. Grant McKay semble sortir de sa torpeur pour chercher ses enfants. Il se débarrasse des boulets qui l’empêchent d’être plus positif et cela me donne envie de poursuivre. Cependant, cet arc est-il la lumière au bout du tunnel ou juste un phare au milieu de la nuit ? 

Thomas S.

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