[review] X-Men intégrale 1993 (I)

X-Men_1

 

Continuant à suivre l’Intégrale X-Men, j’en arrive maintenant à l’année 1993. J’avais déjà lu ces épisodes lors de leur publication en France mais j’en gardais un souvenir assez mitigé. C’était pour moi le début de la chute des X-Men avec le départ de Claremont puis de Jim Lee. J’attendais bien plus d’Image que de Marvel à l’époque. Cette relecture, dans un autre format et à une autre époque, permet-elle de réévaluer cette période ou va-t-elle maintenir la déception ?

Un résumé pour la route

X-Men_2Ce volume rassemble l’ensemble du crossover du chant du bourreau (X-Cutioner’s Song), c’est-à-dire les épisodes d’Uncanny X-Men de 294 à 297, X-Men 14 à 16, X-Factor de 84 à 86 et X-Force de 16 à 18.

Tout semble s’acharner sur les mutants. Le Professeur Xavier est abattu en public par Cable. Les cavaliers d’Apocalypse s’attaquent à Cyclope et Jean Grey pendant que Mister Sinistre complote contre les X-Men. Pourquoi toutes ces attaques en même temps ?

 

On en dit quoi sur Comics have the Power ?

Pour bien comprendre la place de cette intégrale dans l’histoire des X-Men, il est nécessaire de parler de l’envers des comics. Ce cross-over se déroule dans une période de brusque rupture : Claremont avait abandonné les scénarii suite à l’influence croissante de Jim Lee. Mais ce dernier décide de quitter Marvel pour fonder Image Comics (avec MacFarlane, Liefeld et Silvestri entre autres). Ces brusques départs laissent de nombreux fils narratifs inachevés dans l’ensemble des séries X. On est donc dans une période de transition et ce crossover est aussi un moyen de rassembler les histoires inachevées.

Comme tout crossover, ce récit rassemble plusieurs équipes créatives. Il y a donc plusieurs scénaristes : Peter David (pour X-Factor), Scott Lobdell (pour The Uncanny X-Men) et Fabian Nicieza (pour X-Men). Les dessinateurs sont Jae Lee (pour X-Factor), Brandon Peterson (pour The Uncanny X-Men), Andy Kubert (pour X-Men) et Greg Capullo (pour X-Force et X-Men). Dans ce format d’intégrale, les épisodes se succèdent de manière chronologique et non pas par séries. Ce crossover est donc parfois difficile à suivre à cause des changements brusques de style graphique et narratif. L’histoire est dans l’ensemble très bien tenue. Les scénaristes arrivent à faire progresser l’intrigue harmonieusement et sans contradiction. Cependant, l’implication est variable selon les séries : on sent que Peter David, pourtant brillant dans X-Factor, est moins impliqué. Il poursuit les intrigues d’X-Factor et en parallèle le récit commun mais ce n’est pas là que se passe les événements les plus importants, en tous cas du point de vue du scénario… Son humour n’est pas en phase avec une thématique assez sombre.

Mais de quoi parle ce volume ? Il est assez difficile de commenter les scénarii sans tout dévoiler mais l’intrigue est un récit familial (de famille recomposée) autour du couple Jean Grey et Scott Summer. Cette histoire Summer-Grey est passionnante car elle donne un nouvel éclairage sur leur passé et le futur. Elle densifie encore ces personnages mais sans rendre cela irréaliste. On y croit car des émotions fortes (l’amour filial, la perte, l’enfance traumatisée, l’abandon) structurent les péripéties et les révélations.

X-Men_3

De même, on en apprend enfin plus sur le passé de Cable et de Stryfe. Cable n’est plus seulement un gros dur qui a détourné les Nouveaux Mutants de l’école vers la lutte secrète mais un être sensible qui a vécu des traumatismes dans son enfance. C’est clairement l’aspect le plus réussi. On tourne les pages avec envie en se demandant comment cela va se finir. Dans le ton bad ass de l’époque, le récit rassemble Bishop, Wolverine, Cable et crée des liens entre ces gros durs de la bande – avec parfois quelques excès graphiques.

X-Men_4La meilleure partie est celle d’X-Force avec la transition des Nouveaux Mutants. Cette partie est la plus touchante pour le fan des Nouveaux Mutants qui voit ses personnages (Cannonball, par ailleurs tué de manière expédié dans le dernier crossover de Marvel grrr) devenir plus complexes et s’opposer à leurs parents de substitution : les X-Men ou X-Factor. Cable devient un personnage complexe et central de l’univers X. Fabian Nicieza fait aussi un remarquable travail sur les X-Men. Non seulement le scénariste s’implique à fond dans l’intrigue collective mais il poursuit ses différents récits : Colossus, symbole de l’esprit chevaleresque, perturbé par la mort de son frère, devient un personnage plus sombre. A l’autre bout du spectre, les épisodes rédigés par Scott Lobdell sont très décevants : il suit consciencieusement l’intrigue commune mais n’y apporte aucune marque personnelle. La manie de citer chaque personnage dans les textes au début de chaque épisode plutôt que d’utiliser les dialogues est vite lassante.

Les dessins ont bien vieilli sauf Brandon Peterson qui fait du sous Jim Lee assez fade. J’ai fortement réévalué les dessins d’Andy Kubert. A l’époque, j’avais trouvé qu’il copiait Lee avec des grands personnages mais sans le rendu « clean » de Lee. Aujourd’hui, je trouve, au contraire, que ce côté brouillon rend son dessin bien plus dynamique. Ses scènes d’action sont un vrai régal. Au contraire, X-Factor mise en image par Jae Lee est un peu hors sujet. J’adore ce dessinateur et je me souviens avec émotion de son Namor. Il me fait penser au cinéma impressionniste ou aux films d’horreur de la Hammer. Les dessins sont vraiment uniques mais, dans le cadre d’un récit commun, ils sont trop originaux pour se mêler aux autres. Le ton également différent de Peter David renforce ce fossé avec les autres séries.

L’édition de ces intégrales est toujours irréprochable avec une qualité de reliure et de papier sans faute et des épisodes complets (sans les coupures de l’époque).

Alors, convaincus ?

Dans l’ensemble c’est un récit qui se lit très agréablement. Des personnages sortent grandis de cette crise : Cable et Cyclope surtout. Les trames laissées inachevées par le départ des boss d’Image Comics sont bien rassemblées et une nouvelle dynamique est mise en avant. Cependant, on commence à voir émerger le problème encore actuel des X-Men. Les personnages (et les séries) se multiplient et cela laisse de côté certains individus. Havok, qui aurait parfaitement sa place dans ce récit familial, est intégré dans les combats mais, étrangement, il reste inchangé. Enfin, une catastrophe capillaire gène particulièrement la lecture : la coupe mulet d’Archangel et de Bishop.

X-Men_5

Thomas S.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s