[review] Nick Fury Intégrale 1967-1968

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A la suite du visionnage d’un très bon documentaire en 4 parties d’Arte – Super-héros : l’éternel combat de Michael Kantor – j’ai été très intrigué par une figure présentée plusieurs fois : Jim Steranko présenté comme un révolutionnaire des comics. Après une recherche rapide, j’ai découvert que l’ensemble de son run sur Nick Fury était disponible en français dans l’Intégrale 1967-1968. J’ai donc foncé chez mon libraire pour l’acheter bien que je n’aie jamais été particulièrement fan de ce chef de la police de Marvel.

Un résumé pour la route 

Fury_1Officiellement, l’ensemble des épisodes est scénarisé par Stan Lee, le co-fondateur d’une grande partie de l’univers Marvel (Fantastic Four, Avengers…). En réalité, dans les impressions suivantes des épisodes, Stan Lee et Marvel reconnaissent que Jim Steranko est à l’origine de la plupart des histoires. Cet auteur peu prolifique est une personnalité en marge des comics mais il est pourtant très influent. Par exemple, pendant qu’il dessine Nick Fury il fait aussi partie d’un groupe de rock. Ces épisodes se situent au début de sa carrière. Ayant un caractère assez entier et du mal à respecter les délais, il restera souvent peu de temps sur une série. Dés 1969, il crée sa propre maison d’édition. Il sera aussi un des responsables de l’esthétique d’Indiana Jones et du Dracula de Coppola.

Ce livre rassemble les épisodes de Strange Tales 154 à 168 (au départ Nick Fury n’a pas sa propre série mais il partage l’épisode avec Docteur Strange) et Nick Fury agent du S.H.I.E.L.D. 1 à 7 datant de 1967 et 1968.

On en dit quoi sur Comics have the Power ?

Nick Fury est le directeur du S.H.I.E.L.D (Strategic Homeland Intervention Enforcement Logistics Division), une police internationale, l’Interpol de Marvel. Dans ces épisodes, il devra faire face à des dangers très variés (allant de l’Hydra à des extra-terrestres).

Fury_2Pour un lecteur de 2018, lire ce livre c’est effectuer un voyage dans le temps sans même bouger du salon. Ce voyage a de nombreux atouts. On est complètement dépaysé par les engins (rétro-) futuristes, par les références à la Seconde Guerre mondiale et l’ambiance paranoïaque de la guerre froide. On est charmé par les dessins inspirés par Kirby mais avec une originalité qui s’affirme de manière croissante au fil du livre. Cela a aussi ses inconvénients : des personnages féminins assez secondaires, des dialogues parfois simplistes et des méchants caricaturaux. Steranko n’arrive pas à construire une Némésis assez complexe pour durer plus d’un arc. Fury s’oppose par exemple à un méchant asiatique, forcément fourbe. On ressent ici fortement l’influence des pulps des années 1940 avec Fu Manchu. On peut penser que les histoires courtes (la majorité des épisodes viennent de récits partagés et chaque épisode ne fait donc que 10 pages) empêchent Steranko de construire un récit long… mais le souhaitait-il ?

Cependant, on est peu à peu conquis par les récits et on tourne avec avidité les pages en poussant des WAOW (attention, cela peut surprendre votre voisin). En effet, on est scotché par l’expérimentation dont fait preuve Steranko et la modernité de ses idées. Contrairement aux scenarii, le dessin reste extrêmement innovant encore aujourd’hui. C’est même très touchant car on sent un artiste qui s’émancipe et affirme peu à peu son style graphique. Au départ, il prend ce qu’on lui donne (des récits simplistes d‘espionnage avec une équipe de collègues de Fury assez insipides) et fait le travail (des gadgets délirants pour des aventures très 007) mais, progressivement, il impose sa marque.

Fury_3Influencé par Kirby (en particulier dans les dessins des gadgets ou l’intégration de photo), il pousse ses règles pour voir tout ce que LUI peut en faire. Il joue avec les possibilités des pages : un dessin sur 4 pages alors que le format des comics ne permet que de voir 2 pages en entier. Il réussira à imposer cette idée folle à l’éditeur par un argument financier : les lecteurs devront acheter 3 numéros pour voir d’un seul coup d’œil tout le dessin. Sur une couverture, il parodie Dali. Steranko invente même la page de BD interactive où le lecteur doit aider Fury à trouver son chemin. Encore contraint par le Comic Code Authority (auto-censure mise en place par les éditeurs), Steranko utilise des astuces graphiques superbes pour suggérer une relations sexuelle (le pistolet a tiré un coup, métaphoriquement parlant).

Même dans les scenarii, il joue avec les genres. On lit souvent des récits d’espionnage mais il s’essaie aux récits d’horreur, à un récit policier où le hasard se mêle au récit d’espionnage dans la grande tradition des romans noirs (Dashiell Hammett, Raymond Chandler).

Il invente même un récit psychédélique complètement mystique et termine le récit par une dernière case suggérant qu’elle est plutôt écrite sous haschich. Il commence un épisode par plusieurs pages totalement muettes (Marvel ne voudra pas payer le scénario de ces pages car il n’y avait pas de dialogue) en réussissant à maintenir une tension avec un twist final génial. Je vois Steranko comme un vrai punk. Il rentre chez Marvel mais fait tout exploser avec fracas.

Alors, convaincus ?

Ben oui et pas qu’un peu…

Si on fait abstraction des scenarii, j’ai été conquis par cette Intégrale. Plus jeune que certains auteurs de Marvel, il apporte un vent de fraîcheur et d’électricité dans ces histoires. On est face à un dessinateur artificier. On lui donne un petit pétard (dessiner les aventures d’un personnage secondaire de Marvel et sans pouvoir) et il en fait un véritable feu d’artifice : chaque épisode est l’occasion de pousser plus loin ses limites et d’aller vers l’inconnu graphique.

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C’est même très instructif pour Marvel aujourd’hui : on peut réussir dans le système à affirmer une personnalité propre et à inventer de nouvelles formes. On peut imaginer qu’un nouvel artiste pourra faire de même avec un univers un peu mis de côté (au hasard les X-Men).

Thomas S.

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