[review] Intégrale Iron Fist 1974-1975

Dans les années 1970, les films mettant à l’honneur les arts martiaux ont le vent en poupe. En 1972, Bruce Lee triomphe dans La Fureur de vaincre tandis que David Carradine est le « petit scarabée » de la série Kung Fu. Bref, impossible d’échapper à la déferlante qui s’abat sur les Etats-Unis.

Marvel va donc surfer sur cette nouvelle vague et crée le personnage d’Iron Fist en 1974. Ce sont ses premières aventures que Panini propose dans une intégrale bienvenue. Quoi qu’on puisse penser de la qualité de la série Netflix, elle aura eu le mérite de permettre des publications liées à ce personnage qui peut paraître un peu daté mais qui est cher au cœur de nombreux lecteurs. Je l’avais, pour ma part, découvert dans les publications LUG et je suis donc ravie de retrouver ces histoires des années 1970 pour lesquelles je garde une grande tendresse.

Un résumé pour la route

Iron_Fist3_finalL’intégrale Iron Fist reprend les aventures du personnage parues dans Marvel première de mai 1974 à octobre 1975, dans Iron Fist #1 et 2 parus en novembre et décembre 1975. La série bénéficie de scénaristes de premier plan comme Roy Thomas et bien sûr Chris Claremont et passe également entre les mains de Doug Moench, Tony Isabella ou Len Wein tandis qu’au dessin, on débute – excusez du peu – avec Gil Kane puis Larry Hama, Arvell Jones, Pat Broderick pour finir avec mon héros, John Byrne.

Sans surprise, les aventures d’Iron Fist démarrent par une origine story : le lecteur voit le petit Danny Rand perdre ses parents dans les neiges de l’Himalaya puis grandir dans la cité légendaire de K’un L’un où il se forme aux Arts martiaux dont il devient un maître. Pour devenir Iron Fist, il doit triompher d’une série d’épreuves qui lui permettent de parfaire son initiation. Ivre de vengeance, Danny Rand quitte K’un L’un une fois adulte pour terrasser Harold Meachum l’ex associé de son père et le meurtrier de ses parents. Dix ans après sa disparition, le jeune homme revient donc à New York pour accomplir son destin.

On en dit quoi sur Comics have the Power ?

Je ne dirai jamais assez le bien que je pense des Intégrales Panini – si on excepte certaines traductions sur lesquelles nous ne reviendrons pas – de manière générale. Cette collection permet de retrouver l’essence des personnages qui font encore les beaux jours de Marvel en ce début du XXIe siècle.

Iron_Fist_1974_3Ici, le lecteur revit les premiers moments d’Iron Fist, un personnage dont la naissance est très liée aux modes du moment qui récite avec soin la panoplie des coups chère aux amateurs de Kung Fu et d’arts martiaux en général. L’avantage d’un tel personnage est qu’il offre fatalement des planches dynamiques grâce aux scènes de combat au centre desquelles il évolue avec bonheur.

On est bien ici aux origines de ce personnage qui, comme tout bon héros Marvel doit vivre un deuil pour se construire. Roy Thomas ne se soucie guère de traumatiser son jeune lectorat et montre le meurtre du père de Danny, assassiné par son meilleur ami et associé et la mort tragique de sa mère, dévorée par des loups en se sacrifiant pour sauver son fils. Le jeune homme trouve son réconfort dans la cité légendaire de K’un L’un, référence assumée à la mythique Shangri-La, décrite par James Hilton dans son roman Lost Horizon en 1933 et à la cordillère du Kun Lun qui surplombait la route de la soie.

Iron Fist s’inspire sans aucun problème des films de Kung Fu de l’époque : apprentissage, recherche de la vengeance, combats virevoltants, ninjas, illusions, tout le registre du genre y passe avec réussite. Les illustrateurs sont efficaces et l’on passe de Gil Kane à John Byrne sans trop de dommages. Les décors sont minimalistes, les combats fonctionnent très bien, les personnages sont bien mis en valeur et l’encrage est, de manière générale, de qualité.

Cette intégrale introduit certains caractères majeurs qui prendront vite de l’importance dans la vie d’Iron Fist / Danny Rand. Ainsi, Colleen Wing et son père apparaissent rapidement et le vieil homme remplace le maître de Danny lorsque ce dernier arrive à New York dans un monde où il est assez vite perdu. Misty Knight apparaît également à l’occasion d’une confrontation avec le héros puis d’une alliance qui présage bien des aventures ultérieures. Les ennemis sont avant tout les Meachum et leurs sbires, des déesses adoratrices de Kali, d’étranges ninjas mais aussi un pauvre type déboussolé par la guerre du Vietnam qui nous montre combien l’actualité reste présente dans les comics.

Iron_Fist_4Evidemment, pour promouvoir ce nouveau personnage, rien de mieux que d’introduire dans le récit un héros déjà populaire chez Marvel, c’est ainsi qu’on retrouvera Iron Man et Iron Fist adversaires d’un jour. Comme d’habitude, les deux individus se retrouvent opposés suite à un malentendu, ce qui permet de les voir s’affronter puis s’allier.

Si les lecteurs d’aujourd’hui pourraient reprocher le côté bavard des scénaristes – mais zut, des comics c’est aussi fait pour lire, pas uniquement pour regarder des images – ils ne pourront pas crier au manque d’action. Iron Fist sautille et frappe dans tous les sens même s’il utilise avec parcimonie son fameux poing d’acier. Les amateurs d’action en auront donc pour leur argent.

Alors, convaincus ?

Soyons honnêtes, je n’ai guère d’objectivité concernant ces années 1970-1980 qui sont, pour moi, une sorte d’âge d’or. J’aime la façon dont ces comics reflètent leur époque, s’ouvrant aux influences cinématographiques ou aux problématiques telles que la guerre du Vietnam ou l’attrait pour un bouddhisme idéalisé. J’aime ces dialogues descriptifs que l’on dénigre aujourd’hui et que l’on taxe de « bavards » – comme si la bavardise était un défaut. J’aime enfin ces lignes efficaces, ce trait de Gil Kane qui tord ses personnages de surprise ou de douleur avec une grande efficacité rappelant le cri de Munch à chaque page. Et bien sûr, il y a John Byrne qui termine ce volume. Ce n’est certes pas encore son meilleur travail mais comment bouder son plaisir devant ce duo avec Chris Claremont qui nous a donné tant de bonheur.

Iron_Fist_1974_2

Si vous n’aimez pas les titres un peu anciens, laissez-tomber, choisissez des séries plus récentes qui fonctionnent tout aussi bien et savent remettre Iron Fist au goût du jour. Mais si vous êtes nostalgique des années Lug, foncez sur ce titre, si vous avez envie de vous plonger dans les racines de ce personnage, n’hésitez pas une seconde.

 

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10 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. « Je ne dirai jamais assez le bien que je pense des Intégrales Panini » : Si l’on fait abstraction des traductions surréalistes des débuts, des prix prohibitifs et des couleurs hideuses qui bavent pour les intégrales Spiderman (et pour pas mal d’autres aussi hélas), alors oui je suis d’accord avec toi :))

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    1. Sonia Smith dit :

      Pour les traductions, j’ai glissé ce que j’en pensais, c’est vrai que c’est un gâchis hélas pour les X-Men par exemple. Personnellement, je suis tellement contente de pouvoir relire les premiers Fury, Dr Strange, Daredevil, FF – même si j’aimerais vraiment bien lire la suite, on peut rêver – Thor, Hulk et autres Spider-Man malgré les couleurs qui bavent ou X-Men (même si j’enrage en lisant certaines traductions…) que je préfère voir le positif plutôt que de râler 🙂

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    2. Le positivisme je suis pour, sauf quand je suis obligé de revendre des intégrales à 30€ car elles sont tout simplement illisibles ! (Spiderman c’est carrément du travail de cochon ! ) Je n’achèterai plus jamais d’intégrale sans m’assurer d’abord que les couleurs ne piquent pas trop les yeux !

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    3. Sonia Smith dit :

      Perso, je regarde tout avant d’acheter, si c’est dégueulasse, je n’achète pas, ça fait suer d’ailleurs mais effectivement, vu le prix, je préfère m’en passer. Celle-ci est propre et bien faite, j’en profite. Après, on a été habitués au papier journal un peu baveux de l’époque Lug (ok, ça coûtait moins cher)

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  2. Philippe Fadde dit :

    Un sacré bon souvenir de jeunesse que ce cher Iron Fist…
    Il faut dire que l’on est nombreux à avoir été marqué par la première histoire et par les incroyables dessins de Gil Kane.
    Sans parler des couvertures de Jean Frisano, bien sûr.
    Mais le meilleur est à venir avec le volume 2 de l’intégrale d’Iron Fist qui nous permettra cette fois de vraiment profiter de la meilleure époque du duo Byrne/Claremont.
    Les lecteurs y verront alors tout le boulot d’étude que Byrne à pu faire sur les scènes de combat. Certaines planches sont même des petites merveilles graphiques.
    Vivement le tome 2 donc…

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  3. Sonia Smith dit :

    Tout à fait d’accord, ce premier tome est excellent, mais j’attends vraiment le deuxième avec grande impatience pour le plaisir de retrouver ce duo magnifique que forment Claremont et Byrne, j’espère que Panini ne nous fera pas trop languir !

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  4. wildstorm dit :

    Moi aussi j’adore et il faudrait presque qu’on n’ait plus besoin de se justifier^^ (bon, ok c’est l’idée d’un blog). C’est presque pour cela que j’ai arrêté le mien. Je n’ai plus de temps, ni l’envie de débattre de mes goûts et de mes couleurs surtout quand c’est une sujet récurrent…). Avec toi c’est plus simple, nous avons de nombreux points communs ;). Pour cette intégrale, ce ne sera que mon énième exemplaires de ces épisodes, mais il me le faudra absolument. Soit dès que je serai certain que le 2eme volume sortira, soit si je le retrouve d’occasion 🙂

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    1. Sonia Smith dit :

      Tu penses bien que j’attends le deuxième volume avec autant d’impatience que toi 😉

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  5. OmacSpyder dit :

    Un article qui pousse à l’achat comme on nous pousserait du haut d’une montagne de K’un L’un! Avec plus de bienveillance néanmoins.
    Je te rejoins sur le texte abondant de ces récits : j’assume mon goût pour le bavardage des auteurs. Ils avaient quelquechose à raconter! Je me souviens de la série Kung Fu avec David Carradine où le narrateur parlait aussi beaucoup : ça nous plongeait dans une ambiance quasi hypnotique.
    J’ai différé mon achat en attendant de voir arriver le numéro 2 avec davantage de Byrne. C’est le Iron Fist que j’ai connu en premier pour ma part.
    Bref, le Kung Fu c’est avant tout de la pensée et de la parole, l’action vient ensuite. Et ces origines nous rappellent cet ordre des choses. Le corps parle. C’est là toute l’histoire…

    Aimé par 1 personne

  6. Sonia Smith dit :

    Comme toi, c’est celui de Byrne que j’avais lu en premier mais du coup, cette première intégrale remet son travail en perspective avec ce qui précède et on avait déjà une sacrée équipe dès la première aventure d’Iron Fist !

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