[review] Wonder Woman Terre-Un

En cette période de sortie cinématographique où nous accueillons le film Wonder Woman, Urban Comics nous gratifie d’un certain nombre de titres consacrés au personnage. Nous avons déjà évoqué ce qui est pour moi un des meilleurs titres mettant en scène l’Amazone : le premier tome du run de George Pérez, dieux et mortels ou encore l’anthologie Wonder Woman sortie il y a déjà quelques temps.

N’étant pas très fan du run de Brian Azzarello malgré ses indéniables qualités, il me tardait de retrouver Diana dans un nouveau récit. La gamme Terre-Un m’avait déjà séduite avec les récits mettant en scène Batman et Superman, il me restait donc à lire le volume de Morrison sur Wonder Woman

Un résumé pour la route

Wonder_Woman_Terre_Un_1Wonder Woman Terre-Un est scénarisé par Grant Morrison et illustré par Yanick Paquette. Le titre est sorti chez DC Comics en 2016 aux Etats-Unis et chez Urban Comics en 2017 en France.

Dans les temps anciens, Hercule a réduit la reine des Amazones, Hippolyte en esclavage. Éprise de liberté et refusant d’être dominée par le fils de Zeus, Hippolyte implore la déesse Aphrodite de lui venir en aide et trouve la force de se libérer et de vaincre son adversaire. Après avoir délivré ses sœurs amazones, la reine les pousse à exterminer les hommes qui secondaient Hercule et elles se livrent à un véritable massacre. Tirant les leçons de cette mésaventure, Hippolyte et son peuple décident de se retirer dans un monde jamais souillé par l’Homme. Trois mille ans plus tard, les Amazones ont crée une civilisation heureuse sur l’île du Paradis. L’arrivée accidentelle d’un homme va bouleverser leur existence.

On en dit quoi sur Comics have the Power ?

Il convient avant toute chose de rappeler le principe de la collection Terre-Un. Il s’agit de moderniser les récits des origines des plus grands héros DC, d’en faire des récits alternatifs dans lesquels certains éléments restent immuables alors que d’autres sont sujets à quelques variantes. L’ensemble des titres parus adopte un ton un peu plus punchy et plus adolescent qui permet à de nouveaux lecteurs de se retrouver dans ces personnages qui ont bientôt 80 ans.

Wonder_Woman_Terre_Un_4Grant Morrison n’est donc pas là pour inventer une histoire complètement novatrice et on aurait beau jeu de s’en étonner. Il apporte son regard sur un mythe déjà bien installé sans le révolutionner totalement pour autant. Connaisseur du travail de ses prédécesseurs, Morrison récite avec soin les grandes étapes de la naissance des Amazones à l’envol de Diana pour « le monde des Hommes ». Il absorbe avec plus ou moins de subtilité les versions de Marston – créateur de Wonder Woman – ou de George Pérez en n’oubliant pas de faire un clin d’oeil aux runs de Phil Jimenez ou de Brian Azzarello. On trouve dans ce premier tome de Wonder Woman Terre-Un les inévitables références au bondage, les attributs principaux de l’héroïne, l’opposition mère-fille, l’arrivée d’un Steve Trevor alternatif.

Les points positifs, à mon goût, sont ce respect des canons de Wonder Woman. On démarre le récit non pas par la naissance de Diana mais par l’humiliation et le triomphe d’Hippolyte sur Hercule et sur sa décision de se retirer d’un monde des Hommes où la femme ne serait qu’une esclave. Cette mise en valeur de la reine est, à mon avis, un des points forts de cette histoire. Morrison a parfaitement compris que Diana ne se comprend que dans la relation complexe qu’elle entretient avec sa mère, ce qui transparaît dès les origines chez Marston ou Pérez et que l’on observe de manière exacerbée et magnifiée chez Jimenez. Pour moi, la vraie réussite de Grant Morrison est ce personnage d’Hippolyte qu’il a parfaitement compris et restitué. Ce récit des origines est parfaitement mis en valeur par la composition choisie par Yanick Paquette qui utilise un système de fresques grecques soulignant l’aspect mythologique de cette aventure.

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Le personnage de Diana est perçu par Grant Morrison comme une adolescente en totale opposition à la figure maternelle rigide que représente Hippolyte. Elle exprime une soif d’absolu, un besoin de s’évader de la routine rassurante de Themyscira, une volonté de briser les chaînes – Diana apparaît d’ailleurs littéralement enchaînée dans une bonne partie du récit – de la tradition. Rompant avec les habitudes des Amazones et s’arrachant aux amours qui l’unissent à Mala, elle va se porter au secours d’un homme, Steve Trevor, échoué sur l’île. Diana fait une sorte de fugue en partant pour le monde des Hommes qu’elle trouve pourtant bien décevant face à ses rêves. C’est dans cette phase du récit que Morrison tombe parfois dans le cliché et la facilité, accumulant les références aux crises d’adolescence, privilégiant sans doute un public jeune qui pourrait se retrouver dans cette problématique. L’acte de rébellion suprême qui consiste à mettre du rouge à lèvres pour montrer son émancipation paraît un peu pauvret pour ce personnage emblématique des luttes féminines.

Les Amazones sont, pour certaines, bien intégrées au récit, qu’il s’agisse de la fidèle Nubia, garante de la tradition incarnée par Hippolyte, de Mala, le premier amour de Diana ou de la scientifique Althée, mentor de Diana qui assiste impuissante à son émancipation avec une pointe d’admiration. Elles ne sont pas mises de côté par Morrison qui ne gomme pas non plus les références mythologiques en faisant appel aux Parques ou à la Gorgone.

Malgré tous ses efforts, les menaces ou les ruses, Hippolyte ne peut faire revenir sa fille à son état d’enfant soumise, elle doit accepter que Diana fasse ses propres choix et grandisse. La métaphore de la fin de l’enfance et de l’entrée dans l’âge adulte est un peu facile et j’aurais pour ma part apprécié davantage de hauteur dans le récit. Je conçois toutefois que le temps des écritures épiques à la George Pérez est un peu passé de mode et qu’il faut adapter les origines des personnages à leur époque mais je regrette malgré tout cet aspect de l’histoire.

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Un des autres points fort de ce volume est le travail de Yanick Paquette même si je ne suis pas hyper fan de la couverture choisie représentant une Wonder Woman enchaînée – là encore clin d’oeil au bondage souvent évoqué dans les planches des uns et des autres. J’ai été totalement bluffée par les pages opposant Hippolyte et Hercule, la Themyscira de Paquette me rappelle agréablement celle de Pérez et l’artiste sait donner à la fois de la finesse et de la puissance à ses personnages.

Alors, convaincus ?

Wonder_Woman_Terre_Un_2Si vous cherchez un récit totalement novateur empreint de prouesses scénaristiques, Wonder Woman Terre-Un n’est clairement pas fait pour vous. Grant Morrison s’exerce ici à un syncrétisme des mythologies précédentes. On retrouve donc les grands axes développés par ses prédécesseurs avec plus ou moins de brio. En cela, Morrison n’innove pas, il fait oeuvre de citation. Son apport réside dans sa volonté de toiletter les origines de Wonder Woman pour en faire une illustration du passage de l’enfance à l’âge adulte. On a donc affaire ici à une Diana en pleine crise d’adolescence ce qui peut déstabiliser certains lecteurs habitués à un peu plus de hauteur de la part de ce personnage iconique. Ce titre s’oriente donc clairement vers une cible plutôt jeune qui souhaiterait découvrir Wonder Woman et se reconnaître dans ses problématiques. Cela n’exclut pas certains anciens lecteurs qui aiment pouvoir lire une nouvelle version des origines de leur Amazone préférée. On peut aussi profiter pleinement des planches de Yanick Paquette qui donne une vision dynamique et rajeunie de ce personnage iconique.

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