[review] Wonder Woman Dieux et Mortels

le

Les lecteurs de Wonder Woman français un peu nostalgiques attendaient avec grande impatience l’édition de Wonder Woman, dieux et mortels par Urban Comics. Le récit scénarisé et dessiné par George Pérez a profondément marqué l’histoire du personnage et c’est cette version de l’Amazone que je conservais en tête et qui me manquait tant depuis ma lecture du run de Brian Azzarello – oui, celles et ceux qui me connaissent bien savent que j’ai peu apprécié la vision qu’Azzarello a donné de Diana et des Amazones.

Retrouver la version de George Perez permet de se replonger au cœur de la mythologie de Wonder Woman que le scénariste semble élever au niveau des dieux. C’est cette vision que je voulais retrouver avec cette lecture.

Un résumé pour la route

wonder-woman-dieux-et-mortels-tome-1Wonder Woman, dieu et mortels, est un titre scénarisé par George Pérez secondé par Greg Potter et Len Wein. On retrouve le même George Pérez au dessin. Le récit sort en 1987 aux Etats-Unis. Urban Comics le réédite en France en 2017 en deux volumes.

Sur l’Olympe, un conciliabule agite les dieux qui se divisent au sujet des hommes et de la manière dont ces derniers doivent vénérer les divinités. Arès, le dieu de la Guerre, ne voit qu’une solution : soumettre les Hommes par la force et les forcer à adorer les dieux olympiens. Les déesses et notamment Artémis veulent au contraire créer une nouvelle sorte d’êtres humains : des femmes fortes, braves mais compatissantes et pacifiques qui convaincront les Hommes d’adorer les dieux de manière pacifique. Ainsi naissent les Amazones : leurs âmes sont celles de femmes tuées par la peur ou l’ignorance des hommes auxquels les dieux redonnent vie. Elles ont à leur tête la reine Hippolyte. Hélas, Arès, jaloux de ces femmes pacifiques, manipule Héraclès qui, par la ruse, réduit les Amazones en esclavage. Libérées par Athéna, elles se divisent. La majorité des Amazones suit Hippolyte et se retire sur une île loin du tumulte du monde.

On en dit quoi sur Comics have the Power ?

Le run de Pérez est un de ceux que j’attendais le plus et je n’ai absolument pas été déçue. L’auteur livre ici un récit mythologique au sens propre du thème reprenant les méthodes des auteurs antiques. Ici, l’ouvrage s’ouvre sur une dispute entre les dieux olympiens dont le sujet porte évidemment sur la relation des dieux avec leurs créatures ingrates : les Hommes. Les réponses à l’ingratitude des humains qui oublient un peu les divinités auxquelles ils doivent leur existence. Certains prônent la contrainte – symbole d’un régime dictatorial fort – quand d’autres prônent la vertu et l’exemple.

Au delà d’un ouvrage sur Wonder Woman, Dieux et mortels est avant tout un ouvrage sur les Amazones et leur genèse. C’est aussi l’occasion pour George Pérez de marcher dans les pas de William Moulton Marston, créateur de Wonder Woman : son propos est ouvertement féministe. Les premières pages du récit montrent un homme préhistorique massacrant une femme : violence primitive à laquelle tant d’autres succéderont. Le scénariste montre des Amazones douées, émancipées et pacifiques qui sont toutefois obligées de choisir l’exil ou la violence pour répondre aux attaques incessantes d’un monde masculin qui ne cherche qu’à asseoir sa domination. Le propos de Pérez est militant et sombre mais il n’est pas pessimiste. Pour lui, Wonder Woman est le trait d’union entre deux univers : l’île de Themyscira, monde des femmes et ce qu’elle appelle le monde des Hommes : le nôtre. Au delà des préjugés, Pérez montre que malgré des incompréhensions, une vie commune est possible, bien qu’imparfaite.

George Pérez nous offre également un magnifique récit des origines de Diana, il la présente façonnée dans la glaise comme Adam le premier homme le fut par Dieu dans la Bible. Ici, c’est Hippolyte qui donne forme à sa fille tandis que les dieux la comblent de dons et de bénédictions. Pérez, là encore, suit les traces de Marston tout en affinant le propos. Diana est née d’une femme seule sans le soutien d’une présence masculine. Sa naissance est le fait des divinités. Si Dieu a fait l’homme à son image, Pérez a fait Diana à l’image des dieux grecs. Les Amazones parlent d’ailleurs le Grec ancien, leur architecture et leurs traditions empruntent à l’Antiquité grecque et il n’est nulle part question du dieu unique malgré le parallèle entre la naissance d’Adam et celle de Diana.

Wonder Woman 2

L’importance des références à l’Antiquité se sent tout au long du récit quand Pérez impose à Diana par l’intermédiaire des dieux des épreuves dignes des plus grands héros antiques. Diana est envoyée dans les profondeurs chthoniennes et affronte l’hydre de Lerne et d’autres monstres mythologiques. Certes, les jeunes lecteurs pourraient être rebutés par l’écriture un peu grandiloquente ou ampoulée de Pérez mais elle colle parfaitement à cette volonté d’écrire un récit mythique à la manière d’Homère et cela fonctionne plutôt bien. Graphiquement, Pérez donne aussi à voir des personnages au profil grec, des déesses drapées dans des tuniques, les caractères des dieux sont fort bien respectés, y compris celui de Zeus, démangé par l’envie de déflorer des Amazones au premier rang desquelles la pure Diana – n’est-ce pas Brian Azzarello qui fait finalement de Diana la fille d’un type qui la convoitait évoquant ainsi finalement une sorte d’inceste.

Wonder Woman, dieux et mortels n’est pas seulement l’histoire de Diana mais celle de son peuple. Les Amazones sont très présentes et toutes attachantes, loin des caricatures qu’en ont fait Azzarello puis les Finch. Nobles femmes courageuses et droites, elles ont des personnalités contrastées mais intéressantes. On peut aussi dire sans se tromper que Diana n’est pas la seule héroïne du titre, elle partage la vedette avec sa mère Hippolyte qui est, à mes yeux, l’un des personnages les plus passionnants du monde de Wonder Woman – la relation mère / fille est esquissée, même si Phil Jiménez portera la question à son paroxysme.

Wonder Woman 3

Enfin, me direz-vous, où sont les mortels promis dans le titre ? Steve Trevor est bien présent mais il n’est pas le grand amour de Diana, juste un militaire droit qui lutte contre une hiérarchie obtuse obnubilée par la force de frappe nucléaire. C’est la relation entre Diana, Julia Kapatélis et sa fille qui est au cœur du récit. Dans le monde des humains, Julia est une sorte de mère de substitution pour l’Amazone perdue dans un univers qu’elle ne comprend pas et qui cherche parfois à l’exploiter à son profit. Dans le monde des mortels, Diana rencontre aussi pour la première fois l’étrange Cheetah au cours d’un combat sans merci.

L’écriture de George Pérez ressemble à une beauté classique, elle est l’équivalent d’une oeuvre de Praxitèle tout comme peut s’en rapprocher son dessin et la manière qu’il a de magnifier ses sujets que ce soit dans l’expression des personnages ou dans les combats épiques qu’il met en scène avec brio.

Alors, convaincus ?

Avez-vous besoin de lire ce paragraphe pour connaître mon avis ? Le run de George Pérez est, à mon sens, un des plus beaux récits qu’on ait écrit non seulement sur Wonder Woman mais sur les Amazones en général. Ce titre aurait pu être une illustration d’un récit antique tellement il s’inscrit dans cette tradition grecque. Evidemment, il faut quelque appétence pour le sujet pour en saisir toutes les subtilités et comprendre combien Pérez s’inscrit dans une tradition remontant aux conteurs grecs de l’Antiquité mais aussi combien il s’empare des codes de la Bible pour en renverser les codes au profit d’un propos féministe affirmé sans être lourd. Hippolyte, Diana et les Amazones sont aussi belles sous les traits de Pérez que ses combats sont épiques.

Certes, les amateurs de baston pourront vous dire que ce titre est « bavard » mais est-ce franchement un défaut quand un auteur a tant de choses à transmettre ? Old School Pérez ? Autant qu’Homère peut l’être…finalement, n’est-ce pas le plus beau des compliments ?

Publicités

Un commentaire Ajoutez le vôtre

  1. wildstorm dit :

    Un chef d’œuvre que j’ai hâte de relire en français. Lu avant mes 20 ans ans en VO, à l’époque, pas certain que j’aie tout compris… Et en effet, j’étais surtout fasciné par les amazones et le background antique. J’aime bien ce genre de récit « ampoulé », il « éclaire » tout autant et possède encore un charme (peut-être nostalgique) qui opère toujours chez moi et c’est bien l’essentiel^^ Que dire des dessins… Me rappelle de vieux débats que j’avais eu avec mon frère, lui pro Perez et moi pro Byrne (sachant qu’on adorait les 2^^). Finalement, pourquoi comparer 🙂

    J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s