[review] La mort de Wolverine

Dans la foulée de la sortie du film Logan, Panini Comics nous propose des sorties ou rééditions en rapport avec le sujet, notamment le très beau Old Man Logan que nous avons chroniqué il y a quelques semaines. Après avoir longtemps hésité, je me suis tout de même décidée à faire l’acquisition du titre de Charles Soule et Steve Mc Niven, La Mort de Wolverine. Ai-je bien fait ?

la-mort-de-wolverine_1Un résumé pour la route

La Mort de Wolverine est un titre scénarisé par Charles Soule. La partie graphique est assurée par Steve Mc Niven, Mario Del Pennino, Iban Coello, Patrick Scherberger

Wolverine a perdu son facteur auto guérisseur. L’homme qui a traversé les siècles est désormais un simple mortel à la merci du moindre de ses adversaires et dieu sait si ceux qui cherchent à lui nuire sont nombreux. La rumeur de sa vulnérabilité se répand rapidement et la tête du mutant griffu est mise à prix. Qui aura le privilège de mettre fin aux souffrances de Logan ?

On en dit quoi sur Comics have the Power ?

Avant toute chose, je dois dire que je suis plutôt bon public, que je lis toujours avec plaisir les titres Marvel et DC et que l’idée de tuer un personnage pour un temps avant de le faire revenir de manière plus ou moins tirée par les cheveux ne m’effraie pas plus que ça. On le sait, c’est un peu devenu la règle dans les comics, on meurt rarement pour longtemps. Toutefois, faire mourir un personnage iconique, que ce soit provisoire ou non, mérite à mon sens un peu de soin. C’est d’ailleurs un exercice intéressant bien que risqué pour un scénariste et sans doute une forme de privilège d’être celui qui coupe le fil de la vie d’un héros comme une Parque.

la-mort-de-wolverine_2Le sujet – la mort de Wolverine – ne me fera donc pas pousser des cris d’orfraie du genre « on ne peut pas tuer ce personnage » etc. Pourtant, disons le d’emblée, je n’aime pas du tout le travail de Charles Soule sur ce titre. Ce scénariste que j’apprécie sur d’autres ouvrages comme son très réussi Letter 44 a, à mon sens complètement foiré la mort de Wolverine. Pourtant, dans la postface publiée par Panini, le scénariste a bien conscience qu’il fallait offrir « une noble fin » à cette figure hors norme qui ne laisse aucun lecteur indifférent.

Wolverine est un être ambigu qu’on apprécie ou qu’on déteste. Certains de admirateurs apprécient son côté bestial et sans pitié, d’autres l’aiment pour sa noblesse et sa sensibilité cachées sous son côté bestial et bourru. Logan forme un duo improbable avec Scott Summers, son antithèse, son opposé. Aussi bouillonnant que Cyclope est froid, Wolverine devient plus humain au fur et à mesure que Summers perd toute raison. Les deux hommes finissent par beaucoup se ressembler pour devenir les deux faces d’une même pièce. On aurait donc pu jouer dans ce titre sur cette opposition viscérale faite de respect et d’amitié profonde…mais non !

Wolverine est aussi marqué par ses rencontres féminines. De sa passion pour Jean Grey à son amour pour Mariko, il y avait pourtant de quoi explorer bien des pistes à peine esquissées par Charles Soule qui auraient sans doute mérité une rétrospective qui, sans être larmoyante, aurait pu être poignante….mais non !

Wolverine a occupé l’espace depuis son premier combat contre Hulk mais plus encore depuis son intégration aux X-Men. On l’a vu partout – parfois jusqu’à l’overdose – chez les Avengers, les X-Men, en solo, en équipe avec des combinaisons improbables. Il y avait largement de quoi revenir sur cette impressionnante carrière…mais non !

Logan a traversé les époques, les siècles, les guerres, traînant avec lui sa violence et ses remords, ses fantômes et ses regrets. On aurait pu revenir aux origines pour finir en apothéose dans ce XXIe siècle soufflé par des vents contraires…mais non !

Charles Soule nous présente un type seul qui se bastonne avec Nuke, dont la tête est mise à prix par Vipère mais en fait non par un autre [oui, je tente de ne pas vous spoiler mais trop tard ! ] mais en fait non par un autre encore. Chouette un scénario à tiroirs…mais à tiroirs vides. Logan traîne dans Madripoor parce qu’il faut bien qu’il y fasse un tour – lieu iconique pour le personnage : ok, je suis obligé de le caser, je le fais. Et arrive la mort : très vite, rapide et insensée, sans gloire et sans panache…Elle arrive bien tôt, le volume est court mais bien tard en même temps : on s’ennuie tellement qu’on soupire de soulagement en refermant le titre en se disant que c’est un vrai gâchis. La seule relation un peu fouillée est celle qu’il entretient avec Kitty et c’est le seul passage un peu approfondi.

C’est d’autant plus dommage que Charles Soule sait faire des scénarios de qualité par ailleurs et que Steve Mc Niven fait un super boulot sur le plan graphique. Les personnages sont expressifs dans la souffrance ou l’action. Les combats sont vifs, précis, dynamiques. J’aime beaucoup la manière dont Mc Niven traite ses personnages qui sont humains dans la peur, dans le doute autant que dans la cruauté. Le choix des couleurs, des tons sombres et rouge ajoutent à l’impression de fin du monde qu’on est sensé ressentir. Autant le scénario ne m’a pas convaincue, autant le travail de Mc Niven mérite d’être salué sur ce titre.

la-mort-de-wolverine_3

Saluons tout de même le travail éditorial de Panini Comics qui offre un beau volume avec des crayonnés de Mc Niven de toute beauté et des couvertures alternatives qui font le bonheur des lecteurs. J’avoue ma petite préférence pour celles de Stéphanie Hans ou d’Alex Ross.

Alors, convaincus ?

Pas vraiment comme vous aurez pu le comprendre à la lecture de ce qui précède. La Mort de Wolverine est une catastrophe scénaristique et c’est fort dommage tant les possibilités étaient grandes d’offrir aux lecteurs une saga épique qui aurait marqué les esprits autant que le personnage de Logan le méritait. Alors oui, on a droit à un road movie où le vieux baroudeur s’avance vers sa fin en paix avec lui-même mais c’est tellement vite bouclé qu’on ne peut s’empêcher de penser qu’on avait surtout envie de vite se débarrasser du personnage pour passer à autre chose.  On peut trouver ça bien et y voir un récit badass, ça peut fonctionner mais hélas, sur moi, ça n’a pas marché…pourtant j’aurais aimé que ça fonctionne.

Il me reste l’univers graphique de Steve Mc Niven dont le talent est à saluer et qui sauve le titre par son esthétique. Il reste tout ce que notre imagination nous offre comme possibles fins. La mort de Wolverine est avant tout celle d’une forme de romantisme super-héroïque que j’aime retrouver dans ce type de récit et qui me manque cruellement en refermant ce volume.

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2 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. wildstorm dit :

    J’ai quasiment le même avis que toi. Même pour McNiven, soit c’est moi qui déclinais, soit ses dessins sur les 2 derniers épisodes semblaient être réalisés avec moins de précisions (comme s’il y avait passé beaucoup moins de temps). Dommage! Malgré cela, je me suis aussi coltiné les Wolverines également…Ralala, c’est dur parfois mais je n’aime pas être coupé d’une continuité 🙂

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  2. pistoletabulles dit :

    Je suis entièrement d’accord avec toi. Dans mes souvenirs (j’ai lu la saga lors de sa parution en kiosque), cette lecture m’avait profondément énervé. Une fin de Wolverine sans saveur, c’est vraiment dommage lorsqu’on est attaché au personnage.

    J'aime

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