[review]The Wicked + The Divine #1

Quoi, me direz-vous, tu n’as pas encore lu The Wicked + The Divine ? Hé bien non mes bons amis, j’aime bien attendre que les concerts de louanges se taisent pour pouvoir lire tranquillement mes comics, ce qui occasionne parfois un décalage entre mes reviews et celles des autres sites bien plus à la pointe de l’actualité.

Bref, maintenant que le deuxième tome est sorti, il était grand temps de m’attaquer à ce titre sur lequel on a écrit tant de bien.

Un résumé pour la route

wicked_1The Wicked + The Divine est un titre scénarisé par Kieron Gillen et dessiné par Jamie McKelvie. Ce récit est publie aux Etats-Unis chez Image Comics et en France par Glénat Comics.

Tous les 90 ans, des divinités s’incarnent dans le corps d’humains pour vivre au milieu d’eux pendant deux ans avant de mourir puis d’attendre à nouveau 90 ans pour renaître. Cette fois-ci, les dieux se sont incarnés en pop stars et sont adulés par des foules hypnotisées par leur musique et par leur charisme. Pourtant, nul ne sait si les pouvoirs dont ces prétendus dieux font état sont réels ou s’ils font partie de la communication des stars. Au cours d’un concert d’Amaterasu, la jeune Laure entre en extase et s’évanouit de bonheur. A son réveil, Lucifer – un ersatz de David Bowie – l’emmène dans les loges où Laure peut rencontrer tous les dieux stars. Son destin va bientôt très vite être lié au leur, pour le meilleur et pour le pire.

On en dit quoi sur Comics have the Power ?

The Wicked + The Divine est basé de manière claire et revendiquée sur le mythe de Faust – le sous-titre de ce premier volume : Faust départ est explicite. Kieron Gillen appuie sur les travers de notre société en montrant combien la célébrité, même éphémère a davantage d’importance qu’une vie tranquille mais banale. Pour deux ans sous les projecteurs, beaucoup sont prêts à se damner car chacun veut son quart d’heure de célébrité.

L’auteur a donc choisi pour incarner les divinités des archétypes de pop’ stars très proches des stars existantes : Lucifer ressemble à David Bowie, mais on trouve aussi parmi les dieux des références très claires à Rihanna ou Kanye West, autant de références qui si elles ne me parlent pas – à part David Bowie – sont très clairement choisies pour parler au plus grand nombre. Ces divinités sont capricieuses, ont des réactions infantiles et incontrôlables et sont complètement immatures agissant sans se soucier des conséquences parfois dramatiques de leurs choix. Là encore, Kieron Gillen délivre un message plutôt clair : alors qu’on proclamait la mort de Dieu, les foules en mal de croyances se sont tournés vers des divinités à paillettes éclairées à la lumière des stroboscopes. Tous les personnages principaux -divinités et fans-sont des adolescents en quête de sens, masquant leur désespoir derrière un cynisme sans bornes et une indifférence à l’autre exacerbée.

wicked_2

On ne peut toutefois s’empêcher de se dire que les personnages sont d’une vacuité à peu près équivalente à celle de leurs modèles. Si ces dieux sont incarnés, ils manquent de chair, d’épaisseur et de chaleur.Ils sont avant tout des images qu’on vend aux gens qui ont besoin de croire sans trop bien savoir en quoi. Lorsqu’un des dieux s’écarte de l’image que leur communauté veut donner, il est immédiatement mis à l’écart et vu comme un danger. Les dieux ne sont finalement pas très rebelles – sauf Lucifer-David Bowie, rebel, rebel, forcément. L’intérêt du groupe prime sur celui de l’individu, impitoyablement sacrifié sur l’autel de la renommée. Ces personnages colériques et assez primaires reflètent-ils réellement notre société ? J’ai eu, en tous les cas personnellement bien du mal à m’y attacher tant ils sont égocentriques. Il y a toutefois des individualités qui sortent du lot comme Luci qui refuse les règles imposées, Laura, adolescente mal dans sa peau -classique-qui rêve d’être quelqu’un d’autre ou encore Cassandra, une journaliste qui cherche à comprendre ce qui se cache derrière les façades maquillées des divinités.

Graphiquement, Jamie McKelvie offre un travail étonnamment sage auquel les couleurs de Matthew Wilson donnent un aspect pop ou grunge variant les ambiances selon les divinités mises en scène. La colorisation fait beaucoup pour l’ambiance de l’ouvrage, alternant les touches flashy et les recoins glauques avec brio, on a vraiment l’impression d’assister à un concert en lisant l’ouvrage.

Alors, convaincus ?

wicked_3The Wicked + The Divine nous a été vendus comme la dénonciation des travers de notre société : le règne de la gloire éphémère et de la superficialité. En cela, on peut dire que l’ouvrage remplit parfaitement son contrat : les personnages ne sont pas aimables, on a franchement du mal à éprouver de la sympathie pour les uns ou les autres. Comme les dieux, les pop’ stars vivent dans un monde qui n’est pas le nôtre et se comportent comme des gamins sans cervelle. L’intérêt du titre porte dans l’élément perturbateur et la manière dont il est traité, c’est ce qui donne réellement envie d’ouvrir le tome suivant pour connaître les conséquences du choix des dieux qui, sous des dehors anticonformistes, sont particulièrement conservateurs.

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