[review] X Men Legacy #1 Prodigue

A l’heure où la série Légion démarre aux Etats-Unis, je me suis dit qu’il était temps de lire X-Men Legacy qui m’avait échappé au moment de sa sortie. Il faut dire que David Haller est un personnage que je trouve assez dérangeant et pour lequel je n’ai aucune affinité particulière. Ses apparitions dans les Nouveaux Mutants n’ont rien fait pour le rendre sympathique.

Pourtant, il faut reconnaître que le personnage a un potentiel infini et c’est peut-être là que réside le problème : que peut donc faire un scénariste avec un tel profil ? Comment gérer une figure qui renferme plus de deux cents personnalités en son sein ? X-Men Legacy est une forme de réponse assez originale.

Un résumé pour la route

legacy_1X-Men Legacy est scénarisé par Simon Spurrier et dessiné par Tan Eng Huat et Jorge Molina. Le titre est publié par Marvel à partir de janvier 2013 aux Etats-Unis. Panini comics publie le premier volume X-Men Legacy Prodigue en 2014.

David Haller, alias Legion, est un des mutants les plus puissants au monde mais également les plus instables. Fils de Charles Xavier et du docteur Gabrielle Haller, David est habité par plus de deux cents personnalités, toutes plus dangereuses et psychopathes les unes que les autres. Pourtant, Legion est de bonne volonté, il tente de museler les individualités qui se promènent dans son cerveau et tentent d’en prendre le contrôle. David trouve refuge au cœur de l’Himalaya auprès de Merzah le Mystique. Dans la tête de Legion, une prison mystique a été créée pour enfermer les personnalités néfastes. David a semble-t-il repris le dessus et souhaite devenir meilleur et apaisé. Mais cet équilibre est bien précaire et les habitants du cerveau de David sont tout prêts à s’échapper et remettre le boxon dans sa tête.

On en dit quoi sur Comics have the Power ?

Simon Spurrier doit répondre avec X-Men Legacy à un sacré challenge : comment faire apprécier un personnage schizophrène et particulièrement dangereux, susceptible de rayer la planète de la carte sans même s’en rendre forcément compte.

legacy_3Dans ce titre, Legion – ou plutôt David Haller car il déteste qu’on l’appelle Legion – est un être complexe, qui cherche avant tout à bien faire, à dompter les multiples bêtes qui rôdent dans sa tête et à aider le genre humain. Il mesure à quel point il est dangereux pour lui-même et pour les autres. David veut devenir un homme bien et pas seulement celui qu’on fuit ou qu’on combat. Pour ce faire, il rejoint une communauté de renégats qui ont, comme lui des pouvoirs psychiques. Le scénariste fait une parenthèse pour indiquer combien il est difficile d’être différent puisqu’il montre que la communauté est crainte et rejetée par les habitants de la région, à la fois effrayés et plein de haine pour ces mutants. Spurrier montre aussi combien chacun d’entre nous a besoin d’être entouré par ses semblables ou par des personnes faisant preuve d’empathie pour évoluer dans le bon sens et apaiser ses peurs.

Hélas, le répit ne dure pas car David est rongé de doutes. Il entretient en effet une relation complexe à son père, Charles Xavier, qu’il admire par dessus tout et dont il fait son modèle tout en le détestant pour l’avoir abandonné. Pour une fois dans Legacy, la relation entre Charles Xavier et son fils est vue du point de vue de ce dernier. Pas facile d’être le rejeton du plus grand télépathe du monde, un mutant adulé, une figure emblématique et charismatique. Finalement, malgré tout son pouvoir, David reste avant tout un fils qui voudrait plaire à son père et que ce dernier soit fier de lui. Un seul problème : Charles Xavier est mort, tué par Cyclope – un fils d’adoption avec lequel, là encore, il a développé une relation compliquée. Cette relation amour / haine traverse tout ce premier tome en véritable fil rouge.

Si X-Men Legacy est centré sur la personnalité de David Haller dont il épouse le point de vue et qui devient le narrateur du récit, le titre s’arrête sur un autre personnage tout aussi torturé, la jeune X-Woman Blindfold alias Ruth Aldine, une jeune télépathe douée de précognition – elle lit l’avenir. L’ouvrage raconte les origines de Ruth et montre en détail la haine que son frère entretient à son égard à cause de sa différence. Simon Spurrier insiste bien, dans son récit, sur l’endoctrinement du jeune Luca qui, sous l’emprise de prêtres fanatiques, renie sa sœur, provoque de véritables drames familiaux et marche vers son terrible destin.

Le scénario met donc en avant trois personnages torturés, en grande souffrance. Chacun des trois va tenter de s’en sortir : David en se montrant combatif, Ruth en subissant avec courage toutes les avanies, Luca en plongeant dans une haine mortifère. Ce sont ces trois destins qui font la force de ce récit dans lequel les X-Men ne sont finalement que des personnages de second plan, présentés à la fois comme des idéalistes et comme des réactionnaires par David ou Luca. Spurrier questionne ici à sa façon le sens du combat des élèves de Charles Xavier : sont-il progressistes en voulant un monde dans lequel chacun aurait sa place ou réactionnaire en faisant d’une école un centre d’entrainement guerrier au sein duquel des enfants apprennent à devenir des armes ?

legacy_2Alors oui, on peut éventuellement dire qu’il n’est pas toujours facile de garder le fil du récit. La moitié au moins de l’histoire se déroule dans la tête de David Haller et retrace ses luttes intérieures contre les personnalités inquiétantes qui peuplent son subconscient. Les dessinateurs font le job en montrant un David tour à tour halluciné, angoissé, colérique ou apaisé. Leur trait est dynamique et X-Men Legacy ne laisse pas le lecteur se poser une seconde : combats, fuites, confrontations se succèdent à un rythme soutenu dans une course effrénée vers une quête de sens, une quête de soi.

Alors, convaincus ?

Partant avec un a priori un peu négatif sur Legion, je dois bien avouer que Simon Spurrier a su me faire aimer cet individu pourtant peu engageant. On le découvre moins cynique que dans d’autres récits, animé d’une volonté de bien faire, instrumentalisé par des forces internes ou externes et combatif dans son souhait de devenir meilleur.

Certes, les thématiques explorées sont vieilles comme le monde : la difficile relation père / fils, le rejet de la différence et les ravages du fanatisme. Pourtant, Simon Spurrier traite ces sujets avec talent et s’inscrit dans la ligne des récits mettant en scène les X-Men reprenant ce qui a fait leur succès : l’hymne à la tolérance et l’acceptation du fait qu’un être humain est avant tout un être complexe capable du meilleur comme du pire.

X-Men Legacy a réussi le pari de me faire éprouver des sentiments très contrastés : je finis la lecture en éprouvant de la sympathie pour David Haller, une très grande compassion pour Ruth alias Blindfold et un mépris indicible pour son abominable frère.

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5 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. OmacSpyder dit :

    Une série et un sujet qui méritait bien une revue! Le résumé de ces épisodes n’est pas chose aisée mais c’est réalisé ici avec brio! Les trois personnages que sont Legion, Blindfold et Luc à montrent en effet chacun trois voies consécutives à une souffrance.
    Et David Haller! Quel personnage fascinant qui était cantonné jusqu’à maintenant à un rôle de dément dangereux. Nous voyons bien dans ces épisodes comment ce potentiel permet un développement bien plus riche. Oui, Legion est psychotique, sa personnalité est morcelée (et en rapport avec cela les couvertures sont superbes!), et le rapport avec son éminent père est problématique, coincé entre un désir de reconnaissance et un vide qui occupe tant d’espace! Ici, nous pouvons voir le point de vue de David Haller, entrer littéralement dans sa tête et entendre ses voix qui lui causent tant de doutes et de souffrance. Nous assistons à sa tentative d’auto-guérison avec cette question qui reste suspendue tout au long de l’histoire : Legion peut-il guérir, peut-il trouver un équilibre tandis que l’on assiste au déchaînement des personnalités intérieures et des événements extérieurs?
    Ici donc nous voyons en quoi Legion comme sujet atteint de psychose agave comme un funambule, devant les bonnes intentions d’autrui, y compris des X-Men, qui paraissent faire plus de mal qu’autre chose. L’enfer est souvent pavé de bonnes intentions. Y compris l’enfer intérieur. Les différentes pièces de ce puzzle virevoltent pour livrer ici un propos sur la différence, la souffrance psychique, et le regard du monde qui enferme parfois autant que la pathologie dont l’individu est atteint.
    « Mon nom est Legion », car David Haller expose ici toutes les facettes de son personnage fascinant.
    Merci pour cette review!

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    1. Sonia Smith dit :

      On aurait du faire cette review à quatre mains en fait tant je me sens également en accord avec tout ce que tu écris. Je n’ai effectivement pas parlé des couvertures qui retranscrivent effectivement très bien l’esprit de l’ouvrage. Je tire vraiment mon chapeau au scénariste parce que rendre aussi bien la complexité du personnage et de ses émotions n’est pas chose aisée ! Il y a quand même de très beaux moments dans ces comics !

      Aimé par 1 personne

  2. OmacSpyder dit :

    Le sujet se prêtait excellemment à un traitement multiple en effet!! Quatre mains pour Legion, ça aurait pu être là moindre des choses d’en parler de plusieurs voies. C’est une piste intéressante… 😉
    Et oui, il y a de très bons moments dans les comics. Il y a des personnages qui ont un tel potentiel, il suffit qu’un auteur s’attarde un peu pour l’aborder sous un angle qui fait découvrir l’une de ses facettes pour passer un bon moment. Et ici, c’était une gageure avec celui-là! Mais l’ambition et l’inventivité du scénariste permettent à Legion de faire un pas de plus. Et un pas dans plusieurs directions qui plus est…

    Aimé par 1 personne

  3. Sonia Smith dit :

    Si tu es partant pour faire un portrait de Legion, alors, je te suis 🙂

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    1. OmacSpyder dit :

      Il faudrait que je me scinde moi aussi pour le coup… 😉

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