[review] Sunstone #1

Voilà un titre que j’étais à la fois intriguée de parcourir et peu pressée de lire. Le trait de Stjepan Sejic me fascine et me donne envie de lire le titre tandis que le sujet apparent (le BDSM) ne m’attire pas le moins du monde. J’ai donc acheté le premier volume de Sunstone sans grande conviction, le laissant sur une pile de livres dont la lecture ne m’apparaissait pas prioritaire.

Comme ce fut le cas pour les ouvrages de Jeff Lemire, j’ai eu besoin de me plonger dans Sunstone pour préparer un futur GG Comics. Par un froid après-midi d’hiver me voici lancée dans ce récit qui donne chaud !

Un résumé pour la route

sunstoneSunstone est un titre scénarisé et dessiné par Stjepan Sejic, issu d’une aventure démarrée sur Deviantart qui s’est finalement concrétisée par la publication d’un comic-book chez Image Comics en 2014 aux Etats-Unis. En France, la série est publiée chez Panini comics depuis 2015.

Lisa se morfond depuis deux ans dans une morne solitude après une séparation. Elle a toujours aimé être attachée et n’a jamais osé avouer ses penchants à aucun de ses partenaires par manque d’assurance ou manque de confiance. Ally rêve en secret de sm et de domination. Sa relation avec Alan s’est muée en amitié et n’est pas parvenue à satisfaire la jeune femme. Cachées derrière leur écran, Lisa et Ally prennent contact et s’avouent peu à peu leurs fantasmes. Après deux mois de discussions virtuelles, elles décident de se rencontrer pour passer à l’acte.

On en dit quoi sur Comics have the Power ?

L’histoire de ces deux femmes est racontée du point de vue de l’une d’entre elle, Lisa. Le lecteur a donc affaire à un récit écrit à la première personne qui épouse donc le point de vue d’une des deux protagonistes. Lisa évoque sa propre histoire, une histoire qui démarre véritablement par sa rencontre avec Ally.

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Stjepan Sejic, avec ce premier tome de Sunstone, met en place un récit un peu atypique puisqu’il évoque de manière très directe les préférences sexuelles des deux personnages principaux. Si un tel sujet peut paraître un peu délicat – l’auteur joue d’ailleurs avec le concept : « ne pars pas, il y a des scènes super chaudes avec des lesbiennes écrit-il – il sert avant tout de toile de fond à une histoire d’amour dont le traitement tout en douceur contraste avec les pratiques des deux jeunes femmes. En effet, si le récit débute sur un simple plan d’un soir, elle glisse assez rapidement vers une histoire d’amour qui se noue peu à peu sans préjugé et sans brusquer les choses.

L’auteur sait particulièrement bien décrire le passage de l’un à l’autre, d’une excitation réciproque à la naissance du sentiment amoureux, décrivant cette sensation de manque, de fébrilité, de découverte mutuelle. Sejic évoque certains fantasmes considérés comme tabous par la société de manière générale sans en faire trop mais sans non plus occulter les problématiques que deux adultes consentantes peuvent explorer. Sunstone est aussi un récit qui met en avant la confiance nécessaire qui doit lier deux êtres pour qu’ils puissent se livrer entièrement l’un à l’autre.

Sejic n’occulte pas non plus les clichés dont sont victimes les deux femmes et introduit un personnage assez désagréable en la personne de la collègue de Lisa, Valérie, qui semble concentrer en elle tous les défauts qu’on retrouve fréquemment : l’indiscrétion, le babillage inutile et les préjugés homophobes. Lisa voit très vite l’attitude de Valérie changer du tout au tout après qu’elle lui avoue sa relation avec une femme. Cette scène, horriblement banale, est particulièrement bien rendue. Sejic sait se mettre à la place de ses personnages y compris les plus stupides.

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Sur le plan graphique, j’ai beaucoup apprécié le trait de Stjepan Sejic qui offre à voir des personnages fins et stylés aux visages mutins et aux gestes expressifs. Le choix des tons, rouge, ocre habille le récit de belle manière. Le récit est centré sur les visages et les corps, c’est une histoire humaine au cœur de laquelle les décors sont peu présents : quelques accessoires, lits et canapés accompagnent les acteurs sans les reléguer au second plan.

Alors, convaincus ?

Sejic n’en fait jamais trop, il se contente de dépeindre une situation toute simple : deux femmes adultes consentantes décident d’assouvir leurs fantasmes et passent d’une relation éphémère à un duo amoureux qui se construit petit à petit. A aucun moment, Sunstone ne tombe dans la vulgarité. Sejic distille son récit avec pudeur et humour, avec sensibilité et amour.

Si le sujet de départ – le BDSM –  ne m’intéresse pas particulièrement, j’ai apprécié la manière dont l’auteur développe son histoire d’amour tout en permettant à chacun d’entre nous de se questionner sur nos propres jugements sur autrui et sur la manière dont nous regardons l’autre.

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3 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. pistoletabulles dit :

    Intrigué comme toi par cet oeuvre à part, j’ai plongé dans cette lecture avec méfiance.
    J’ai vraiment été surpris par le contraste entre la sexualité débridée et l’infinie douceur des sentiments amoureux! A ce titre, c’est une grande réussite…Visuellement, c’est magnifique!
    Loin d’être une BD pour « adulte » en manque de nudité, ce bouquin nous raconte une histoire intelligente et rafraîchissante! Pas mal du tout!

    Aimé par 1 personne

  2. Elessar dit :

    Cette série est une réussite pour moi, j’ai adoré les deux premiers tomes, il faudrait que je poursuive d’ailleurs 🙂

    Aimé par 1 personne

    1. Sonia Smith dit :

      Le tome 4 sort bientôt en plus 🙂

      J'aime

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