[Review] James Bond 007

Nourrie dès le plus jeune âge aux films mettant en scène le plus célèbre des agents secrets britanniques, je guettais donc la sortie du James Bond de Warren Ellis sorti chez Delcourt. Le postulat de départ est celui d’un Bond bien plus proche de celui de Ian Fleming que du personnage de cinéma, il ne fallait donc pas s’attendre à retrouver Sean Connery ou Roger Moore mais bien une interprétation du héros de Fleming par Warren Ellis.

C’est bien ce parti pris qui attise la curiosité du lecteur, qu’il s’agisse du fan hardcore de l’agent secret ou de l’amateur de comics qui peut ainsi découvrir un univers grâce à cette version dessinée.

Un résumé pour la route

_JAMES BOND C1C4.inddCe premier volume de James Bond 007 regroupe les six premiers épisodes de la série américaine sortie chez Dynamite. Ce tome, intitulé Vargr, est scénarisé par Warren Ellis et dessinée par Jason Masters.

L’agent  008 du MI6 britannique a été assassiné. Son ami et collègue James Bond, agent 007, se charge de le venger et d’éliminer son meurtrier ce dont il s’acquitte avec brio à Helsinki. De retour à Londres, l’agent secret va rendre compte de sa mission à M, son supérieur qui l’envoie immédiatement sur un autre terrain d’opération. Bond doit filer à Berlin pour démanteler un trafic de stupéfiants. Une drogue redoutable et meurtrière vient de faire son apparition. Mais, alors qu’il devait s’agir d’une mission de routine, Bond tombe dans un guet-apens. Des forces bien plus sombres que prévu sont à l’oeuvre dans la capitale allemande.

On en dit quoi sur Comics have the Power ?

Habitués d’un James Bond sûr de lui, séducteur, admiré de ses supérieurs, abandonnez ici toutes vos images mentales, l’agent secret présenté ici a peu de choses en commun avec l’icône cinématographique de laquelle vous êtes familiers. Si tout commence comme un James Bond tel qu’on le connaît – plongée immédiate dans l’action, poursuite et meurtre dans un pays étranger – c’est à peu près le seul point commun que vous trouverez entre la version écrite par Ellis et les incarnations de l’agent 007.

jamesbond_2

En effet, le James Bond de Warren Ellis n’est pas adulé par une Moneypenny transie d’un amour sans réciprocité. La secrétaire de M est indépendante et envoie paître Bond sans le moindre ménagement. 007 n’est pas plus ménagé par son supérieur qui le traite comme un agent plutôt ringard, voire dangereusement inutile et le bouscule dans ses retranchements. On est loin de la courtoisie feutrée qui règne dans le bureau de M lorsque Roger Moore s’y trouve. M indique même à James Bond qu’il trouve le travail de Moneypenny plus important que le sien, c’est dire combien Warren Ellis bouscule les codes. James Bond est finalement un macho assez lourdaud dont les blagues pas toujours très fines ne cessent de tomber à plat. Bond verse parfois dans la grossièreté, ce qui, à mon sens, dessert le récit, même si le lecteur comprend bien – tellement c’est appuyé – que Warren Ellis est là pour présenter un personnage totalement dépouillé de ses oripeaux de cinéma.

jamesbond_3On retrouve toutefois quelques rapprochements avec le Bond des films : 007 trimbale son vieux Walther P99 – et non un PPK – qu’il refuse d’abandonner au profit d’armes plus modernes. Mais, alors qu’au cinéma, cet attachement contribue à sa prestance, il est ici moqué et ringardisé par son entourage qui martèle son manque de modernité. Les grands topoï que nous avons tendance à associer à James Bond ne sont pourtant pas tous présents, loin de là : pas de James Bond Girl lassive et soumise, on retrouve seulement la femme fourbe et guerrière que Bond va devoir affronter. Pas de gadgets fumeux sortis de l’imagination débordante d’un Q ronchon, ni de voiture suréquipée.

Sur le plan graphique, on est clairement dans un comic-book fait pour l’action, presque un story-board : très peu de dialogues, les cases de bagarres et d’explosions s’enchaînent à un rythme soutenu, rappelant en cela l’univers cinématographique. Ce rythme enlevé ne parvient toutefois pas à gommer totalement l’aspect rigide du trait de Jason Masters.

Alors, convaincus ?

Retrouver James Bond en comics promet toujours un beau moment pour ceux qui apprécient ce type de personnage et les récits mettant en scène des agents secrets. Warren Ellis propose une version qui s’inscrit entièrement en opposition avec les versions que propose le grand écran. Ce parti pris assumé et revendiqué offre un James Bond moins sûr de lui, beaucoup moins hégémonique, plus fragile mais, à mon sens, moins charismatique.

Il faut donc sans doute lire ce titre comme une satire des personnages de cinéma, trop parfaits, trop lisses, trop invincibles. Toutefois, j’ai eu personnellement du mal à m’y retrouver, tant sur le plan du scénario trop transparent à mon goût que sur le plan graphique qui reste, à mon sens un tantinet statique. Mention spéciale à Delcourt pour la qualité de l’édition de l’ouvrage : la couverture est magnifique et les couvertures regroupées en fin de volume rendent hommage à l’agent 007.

N’ayant pas lu les ouvrages de Fleming, je sens bien qu’il me manque des clefs pour apprécier totalement le travail de Warren Ellis sur ce titre. Je conseillerai donc de lire les ouvrages du créateur de James Bond qui complétera sans doute avec bonheur la version de Warren Ellis. Je reconnais cependant l’originalité du scénariste dans son interprétation d’un James Bond plus cabossé par la vie, plus cynique. Pour ma part, sur la thématique des agents secrets, j’ai de loin préféré lire les excellents tomes de Velvet d’Ed Brubaker et Steve Epting, également sortis chez Delcourt.

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2 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. wildstorm dit :

    Le dernier comics sur 007 que j’aie eu/lu date d’une maxi mini série écrite et dessinée par le mythique Mike Grell (plus connu pour son Green Arrow ou Warlord). J’aimais beaucoup sa version (sans connaitre Fleming non plus). Pour moi, la version Ellis sera un passage obligé (un jour) pour l’auteur et non pour 007… Merci pour l’article parce que malgré tout, je me demandais ce qu’il valait réellement celui-là…

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    1. darkphoenix73 dit :

      Tu m’intrigues avec la série de Mike Grell que je ne connais pas du tout ! Comme d’habitude, cet article reflète ma modeste impression et je serais curieuse d’avoir ton retour sur ce titre

      J'aime

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