[Review] Docteur Strange intégrale 1963-1965

Quitte à paraître « old school » – expression très à la mode pour désigner quelque chose qui a plus de vingt à trente ans ou qui s’en rapproche de par son style – je déclare officiellement ma flamme aux intégrales de chez Panini Comics qui m’ont permis de retrouver les premières aventures des héros qui ont marqué mon enfance, ces aventures que j’avais pu lire en partie dans les Special Strange Origines que je guettais toujours avec gourmandise chez le marchand de journaux.

Bref, l’aubaine qu’est le film Doctor Strange permet à Panini de proposer tout un panel de titres de différentes époques et de natures diverses allant de l’anthologie Je suis Docteur Strange à la dernière série de Jason Aron et Chris Bachalo que nous avons chroniquée il y a peu.

Un résumé pour la route

drstrange_1Parmi ces publications, on retrouve donc une intégrale des premières aventures du Docteur Strange comprenant les épisodes parus dans les Strange Tales entre juillet 1963 et février 1966. Le lecteur assiste à la naissance de ce personnage crée par Steve Ditko et Stan Lee – enfin surtout Steve Ditko comme l’explique  fort bien la préface insérée par Panini dans ce volume. En France, ces épisodes sont réunis dans l’intégrale parue chez Panini Comics en 2016.

La première aventure présente les principaux protagonistes que le lecteur retrouvera tout au long du volume : le docteur Strange évidemment mais aussi son maître l’Ancien et son principal rival, le baron Mordo, disciple dévoyé de l’Ancien. Après avoir posé le décor, Ditko et Lee reviennent sur les origines du personnage pour ensuite emmener leur héros affronter le sournois Cauchemar, le terrible Dormammu et le tenace baron Mordo.

On en dit quoi sur Comics have the Power ?

Avec cette intégrale, nous assistons à la genèse du personnage créé par Steve Ditko avec la bénédiction réticente de Stan Lee. Le docteur Strange est un héros atypique puisqu’il n’a pas de super pouvoir hérité de ses gênes mutants ou d’un accident. Strange est un sorcier, un magicien. Steve Ditko exploite une thématique en vogue dans les années 1960 et crée un univers emblématique de la contre-culture américaine mêlant références au mouvement hippie, la philosophie orientale et à la sorcellerie, la magie et l’occultisme qui sont en vogue jusqu’à aboutir au phénomène Charles Manson ou, dans le domaine du cinéma, à la sortie de Rosemary’s baby en 1968.

Stephen Strange habite d’ailleurs dans le « Village » (Greenwich village), haut lieu d’expression de l’art et de la musique d’avant-garde, de la scène hippie aux tenants de la Beat Generation. Hormis cette précision géographique donnée par les auteurs, rien ne permet de penser, dans ce premier volume, que le docteur Strange fréquente les artistes ou autres habitants interlopes du quartier. En effet, notre héros vit presque exclusivement dans le domaine magique, se promenant de gré ou de force, dans des dimensions parallèles peuplées de démons ou d’envahisseurs potentiels. Les fréquentations du personnage se résument à son maître, l’Ancien – qu’il a quand même fallu dénicher sur les monts enneigés du Tibet – et son rival, le baron Mordo, disciple jaloux du vénérable maître.

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La lutte de Strange et Mordo occupe une bonne part de cette intégrale, les deux contraires s’affrontent : un Stephen Strange désintéressé – en opposition totale avec sa vie de médecin hautain – et un Mordo amer et ambitieux, comme deux fils qui se disputent l’amour d’un père. Les armes de ces deux adversaires sont des incantations et des envoûtements ce qui donne un univers psychédélique dans lequel Strange et ses adversaires voguent dans des dimensions alternatives sous leur forme astrale. Steve Ditko rend l’étrangeté de ce monde en présentant des mondes presque vides, uniquement peuplés d’énergie mystique plutôt colorée !

Ce titre, qui marque la naissance du plus étrange des héros Marvel, pose toute la mythologie du personnage : son passé de médecin play-boy vaniteux et sans cœur,  son long apprentissage de la magie et des sciences occultes qu’il met au service du Bien, sa lutte contre des puissances infernales et mystiques. On voit très vite évoluer le style de Ditko qui tâtonne un peu et finit par équiper son personnage de la fameuse cape rouge de lévitation. Si, comme Spider-Man, Stephen Strange est un peu filiforme voire carrément maigrichon dans les premiers épisodes, Ditko l’étoffe peu à peu pour lui donner une prestance qui reste la sienne encore aujourd’hui.

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Strange fait face à ses plus grands ennemis dès le début avec un baron Mordo omniprésent, mais aussi Cauchemar qui peuple nos nuits, et surtout Dormammu, sorcier tyran surpuissant qui se destine à régner sur toutes les dimensions quitte à les détruire. Ditko et Lee font évoluer Strange au cours de combats qui parsèment son parcours mystique et feront de lui un sorcier suprême in fine. Loin de maîtriser ses pouvoirs rapidement, Strange se soumet à un très long apprentissage qui le convie à remettre en cause toutes ses certitudes. Son accident de voiture ne lui procure pas de pouvoirs, il le diminue, le réduit à néant. Une fois totalement brisé, un nouveau Stephen Strange peut renaître pour le plus grand bonheur des lecteurs de Marvel. C’est également dans ce volume qu’apparaît Cléa, grand amour du docteur dont le Commis des Comics nous explique qu’elle sera loin d’être la seule ! Finalement, Stephen Strange se confronte à des adversaires qui lui sont propres et a encore peu d’interaction avec les autres personnages de l’univers Marvel : seule une brève rencontre avec Loki vient rappeler qu’il appartient à ce monde peuplé de super-héros et autres dieux sournois.

Alors, convaincus ?

drstrange_4Les puristes dissuaderont les nouveaux lecteurs de démarrer par ce titre trop « old school » (rhaaaa) pour un néophyte. Certes, le style de Ditko peut paraître parfois daté avec un découpage encore très sage, certes, les dialogues sont parfois un tantinet désuets – bon ok, cette phrase aussi – et certains épisodes se clôturent sur une petite morale simplette. Mais au delà, il s’agit de la création d’un personnage et d’un univers complètement hors normes reposant sur la magie ou l’occultisme, thématiques qui connaîtront leurs heures de gloire dans les années 1970 et reviennent actuellement sur le devant de la scène.

Personnellement, j’ai lu ces aventures avec plaisir malgré quelques redondances nécessaires à la mise en place d’un univers complexe et unique. Ce titre offre à voir un personnage qui paraît froid et lointain dans un premier temps pour montrer ensuite un individu désintéressé et humble par rapport aux leçons de son maître.

Et puis, Steve Ditko est un immense artiste, co-créateur de Spider-Man et « inventeur » du docteur Strange, la curiosité du lecteur pourra le pousser à découvrir ou retrouver ce grand artiste sur un titre qu’il a poussé sur les fonds baptismaux alors même que Stan Lee n’y croyait pas. Lire la nouvelle série de Jason Aron et Chris Bachalo n’exclut pas de revenir aux sources, bien au contraire, non seulement pour mesurer le chemin parcouru mais parce que retrouver un personnage dans un contexte différent, une époque et des thématiques propres aux années 1960 est vraiment un voyage passionnant.

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2 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. Sim Theury dit :

    Une superbe intégrale en effet. Même la colorisation est moins criarde que les rééditions récentes.

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    1. darkphoenix73 dit :

      C’est vrai que les couleurs criardes sont le défaut de ces éditions mais c’est tellement bon de retrouver ces comics des années 1960-1980 que je ne boude pas mon plaisir !

      Aimé par 1 personne

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