[Review] Batman le Culte

Ayant lu quelque part que Batman le Culte n’était pas un récit indispensable, je n’en avais pas fait l’acquisition malgré l’envie que j’avais de découvrir ce qui se cachait sous cette proposition mais le hasard a bien fait les choses puisque ce titre m’a été offert pour mon anniversaire – merci Emilie. Oui parce que sincèrement, c’eût été dommage de passer à côte de ce récit de Jim Starlin, scénariste que j’apprécie depuis ses Thanos. J’étais donc curieuse de voir ce qu’il avait pu faire avec le Chevalier noir.

Urban comics publie en introduction le texte écrit par Jim Starlin en novembre 1990, dans lequel il explique sa démarche et évoque la censure dans les comics ou la manipulation des foules par de dangereux leaders charismatiques qui, dans des périodes de crise, peuvent faire tout avaler à des individus terrorisés par la peur. Ces propos très actuels offrent une toile de fond assez intéressante à ce récit plutôt noir dans lequel Batman n’est pas un type invincible bien au contraire.

Un résumé pour la route

batman-culteBatman le Culte est un récit de Jim Starlin accompagné au dessin de Bernie Wrightson. Le titre paraît en 1988 chez DC Comics aux Etats-Unis. En France, Urban Comics édite Batman le Culte en 2016 après une première édition chez Delcourt sous le titre Enfer Blanc en 1989

Le jeune Bruce Wayne se retrouve dans les propriétés familiales sur lesquelles il découvre une étrange demeure qui semble avoir surgi de nulle part. Alors que tous ses sens lui hurlent de s’enfuir, il entre. Bruce se retrouve alors face à face avec le Joker. Excédé par sa confrontation avec le clown fou, Wayne se transforme en Batman et le tue. Tout se brouille et ceci n’est en fait qu’une illusion. Batman est retenu prisonnier dans des sous-sols glauques par les adeptes du diacre Blackfire qui veulent le convertir à leur cause. Le diacre recrute une armée de sans-abri et semble vouloir faire régner l’ordre dans la ville mais quel est son véritable dessein ? Batman résistera-t-il au lavage de cerveau intensif dont il fait l’objet ?

On en dit quoi sur Comics have the Power ?

Batman le Culte est un one-shot, on est donc bien loin des séries au long cours qui prennent le temps de développer une intrigue à rebondissements. Le récit démarre donc sur des chapeaux de roue, le lecteur découvre un Batman sombrant dans la folie, drogué, battu et séquestré. On est loin de l’image du héros surhumain à qui rien ne peut arriver. ici Batman est faible, démuni. Le protecteur de Gotham est totalement impuissant à contrer la menace qui pèse sur sa ville. Il faut dire qu’elle est d’une nature assez particulière.

En effet, Gotham est une cité en proie à l’insécurité et à une violence quotidienne, elle est également peuplée de sans-abris sans espoir. Devant tant d’inertie et devant l’incapacité apparente de la société à résoudre les problèmes : vers quoi ou vers qui se tourner ? Vers le monde politique corrompu et indifférent ? Vers la police visiblement débordée et sans moyens ou vers Batman qui est davantage préoccupé par la chasse aux super-vilains ? A qui les démunis et les gens paralysés par la peur vont-ils bien donner leur confiance ? Dans ce marasme social, le diacre Blackfire apparaît comme un ultime recours car il secourt les plus pauvres et leur donne un but et il se donne pour mission d’assainir Gotham et d’y faire régner l’ordre. Et ça marche ! Voleurs et mafieux en tous genres se font massacrer, les honnêtes gens ont l’impression d’une ville plus sûre et d’une justice plus expéditive, certes, mais plus juste.

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La question se pose alors de l’utilité de Batman dans un tel monde ? Si le diacre Blackfire parvient à résoudre mieux que le chevalier noir les problèmes de Gotham, à quoi sert donc notre héros ? Le diacre et ses méthodes semblent bien plus efficaces que lui. Par contre, le diacre a besoin d’un symbole et enrôler Batman serait pour lui une façon de légitimer encore davantage ses actions. Tout combat a besoin de symboles et Batman, héros emblématique de Gotham, est évidemment un appui de premier plan. Les techniques de persuasion utilisées par le diacre et ses sbires font penser à la fois à celles des terroristes et celles des sectes : enfermer la victime, la désorienter, voire la maltraiter et la droguer afin de lui faire perdre ses repères. En effet, au contraire de l’habitant de Gotham, Batman ne peut être converti que par la force car il ne peut être dupe du discours rassurant du diacre.

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Ce récit est proprement oppressant à plus d’un titre : le lecteur suit Batman dans sa descentes aux enfers, le voit céder peu à peu et sombrer mais on suit en parallèle l’évolution de Gotham qui, peu à peu, se divise en deux camps : les partisans du diacre et les autres. Le rôle des médias est également analysé dans le détail puisque Jim Starlin montre le manque de recul des chaines d’information qui, dans un premier temps, traitent le diacre comme un phénomène de mode, montant ses actions en épingle pour s’apercevoir, in fine, que tout est bien plus complexe qu’ils ne l’avaient imaginé. Le rôle de ceux qui devraient informer est donc ici fortement remis en question : le media suit ou fait les modes mais est incapable de livrer une analyse de fond.

Outre l’attitude des médias, Jim Starlin remet en cause celle du monde politique, totalement impuissant à endiguer la montée des idées du diacre et sa prise de pouvoir et celle de la police qui n’est que le bras armé des politiciens indécis. Le scénariste insiste également sur le besoin qu’ont les foules de se raccrocher à un messie, un personnage charismatique quitte à sacrifier sa liberté et son libre arbitre. Starlin ajoute une dose de mysticisme en mêlant le chamanisme à son récit et d’étrangeté fort bien rehaussé par le dessin de Bernie Wrightson et sa colorisation vive qui alterne entre la noirceur et une ambiance sanglante fort à-propos.

Finalement, le seul qui se débat, du début à la fin, c’est un jeune homme, qui ne se laisse pas duper par les artifices du diacre, un être dont les convictions sont encore pures et qui n’est pas encore affaibli par les nombreuses luttes qu’il doit mener contre le mal et ses propres démons. C’est Robin, Jason Todd qui est véritablement le sauveur de Gotham.

Alors, convaincus ?

batmanculte-1Certes, on peut passer à côté de Batman le Culte sans que cela n’alterne la continuité du personnage ou de l’histoire générale de Gotham. Toutefois, ce serait assez dommage de se priver de ce titre qui montre un chevalier noir abattu, en état de faiblesse et qui fait réfléchir aux travers d’une société gouvernée par la peur et la croyance en l’homme providentiel. L’intérêt réside également dans le fait que ce n’est pas Batman qui incarne cet être quasi divin dans ce récit et que la chauve-souris n’est qu’une victime parmi tant d’autres. Victime consentante ? A vous de voir !

Personnellement, je recommande donc chaudement Batman le Culte aussi bien pour son scénario qui questionne chacun d’entre nous que pour les dessins et la colorisation très réussis qui ajoutent à une ambiance lourde et pesante.

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5 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. wildstorm dit :

    Moins connu à l’époque (même maintenant) que Dark Knight returns, mais pour ma part, je les ai toujours mis ensemble (parmi les lectures qui m’ont marqué alors que je n’avais même pas 20 ans). Mais contrairement à DKR, je ne l’ai pas encore relu et je me demandais justement si cette histoire (ou me) plairait encore de nos jours (avec une lecture dépourvue de nostalgie ou d’impact gravé à jamais dans un esprit jeune et innocent^^). Quoi qu’il en soit, l’ayant en vo, je m’étais résolu à me séparer des 4 enfer blanc parce que les couvertures avaient cloqué (défaut bien connu des comics des éditions comics USA – c’était à Delcourt ? -). Dès que je pourrais, je reprendrais volontiers la version Urban. Comme tu sembles avoir eu les mêmes lectures que moi dans les années 90, je suis étonné que tu n’aies pas connu « The Cult » dans les années 90, c’était incontournable à l’époque (peut-être avis purement subjectif et personnel :)). Mais finalement je t’envie presque 😉

    Aimé par 1 personne

  2. darkphoenix73 dit :

    Alors, je vais te faire des confidences pour expliquer mon enthousiasme tout neuf par rapport à certains titres comme celui-ci. J’ai beaucoup lu de comics dans les années 1980 et aux débuts des années 1990 et exclusivement des kiosques Marvel qui étaient les seuls disponibles dans la commune où j’habitais, ce qui était déjà extraordinaire pour moi. De temps en temps, par miracle, un kiosque Batman arrivait jusqu’à moi mais très rarement. Ensuite, j’ai vécu une longue période sans comics pendant mes études puis au début de ma vie professionnelle. J’avais été en partie lassée par les dessins de Liefeld dans lesquels je ne me reconnaissais pas. J’ai repris les comics au début des années 2010 ce qui me laisse encore tout un grand panel de choses à découvrir ou redécouvrir, notamment ce petit bijou qu’est ce titre. Voilà ma petite histoire 🙂

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  3. wildstorm dit :

    A l’époque, c’est vrai que j’ai eu la chance d’habiter près de Paris et de devoir en plus y aller régulièrement. Cela m’a permis de basculer vers la vo. Notre parcours/période de lecture se ressemble à quelques années près (avec une très longue pause également). Pareil que toi, Liefeld et même Larsen ont eu aussi raison de moi 🙂 Mais je pense que le départ de Claremont des X-men m’a tellement attristé que j’ai fait un rejet des auteurs qui lui ont succédé (Scott Lobdell et Fabian Nicieza en tête). On cumule cela avec la fin de Lug (malgré ses défauts) et ce fut le début de la fin pour moi (provisoire^^). J’avais cru un moment que j’avais grandi 🙂

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    1. darkphoenix73 dit :

      C’est bien de ne pas grandir finalement 🙂 et je trouve qu’on a de la chance, je passe ma vie à découvrir des choses qui sont nouvelles pour moi et ça me va parfaitement, j’ai retrouvé un regard émerveillé sur les comics, une sorte de seconde naissance en sorte. Mon plus gros coup au cœur reste la mort de Phénix et même si je l’ai surmontée pour pouvoir poursuivre mes lectures jusqu’à l’arrivée de Liefeld : la goutte qui a fait déborder le vase. Cette longue période d’absence me pèse quand même parfois car il me manque des bouts d’histoire et c’est un peu gênant.

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