[Review] The Punisher année un

Le Punisher est un personnage que j’ai toujours trouvé fascinant. Dès qu’un ouvrage le mettant en valeur sort, je le prends sans hésiter. Oui, je suis une vraie fan girl, c’est ainsi. Pourquoi suis-je attirée par ce bad boy qui, contrairement à la plupart des super-héros, ne vit plus que pour éradiquer la pègre de la manière la plus expéditive possible ? Sans doute parce que derrière cette façade de brute épaisse se trouve un homme blessé, un type à qui la vie a tout pris et auprès duquel aucune médiocrité ne trouve grâce.

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Même si je connais par cœur les origines du Punisher, j’ai donc fait l’acquisition de The Punisher, année un, afin de voir comment Dan Abnett et Andy Lanning ont bien pu revisiter la genèse de ce personnage. En effet, je suis vraiment fan des récits des origines en général, origines des héros ou des vilains et de la manière dont un auteur se saisit de cette problématique. On a tous lu des tonnes de versions des origines de Batman avec le même petit pincement au cœur quand les parents Wayne se font tuer. Ici, même topo avec Frank Castle et c’est si bon qu’on en redemande – non, pas par sadisme envers ce pauvre Frank, je vous assure !

Un résumé pour la route

punisher_1The Punisher année un a pour scénaristes Dan Abnett et Andy Lanning et pour dessinateur Dale Eaglesham. Le récit est publié aux Etats-Unis entre décembre 1994 et mars 1995. En France, le titre est édité par Panini Comics en 2016 dans la collection 100 % Marvel.

Alors qu’il cuve son vin sur un banc de Central Park, le journaliste McTeer entend des bruits suspects non loin de là. Lorsqu’il se rend sur les lieux, il découvre l’horreur : cinq corps criblés de balles et apparemment sans vie. Lorsque la police arrive afin de constater l’ampleur du massacre, les inspecteurs découvrent que l’une des victimes est encore en vie. Il s’agit de Frank Castle, capitaine des marines. L’homme est désorienté et blessé et, pire que tout, il vient de perdre sa femme et ses enfants. Quelle peut-être la vie d’un homme qui n’a plus aucune raison d’exister ?

On en dit quoi sur Comics have the Power ?

The Punisher année un peut ravir plusieurs types de publics à commencer par les lecteurs qui n’auraient jamais rien lu sur ce personnage. Il s’agit du récit des origines du personnage. Un récit qui ne déroge pas à la règle qui veut que le héros ait souffert et perdu un ou plusieurs êtres chers pour pouvoir devenir un surhomme. En l’occurence, le Punisher prend cher : de retour de multiples conflits dont il s’est sorti physiquement indemne, Frank Castle goûte enfin un repos bien mérité entouré des siens. C’est là que la tragédie intervient et que meurent sa femme et ses enfants. Dénouement inattendu de cette histoire familiale : Frank Castle ne périt pas dans une opération extérieure, c’est sa famille qui trouve la mort dans un endroit qui semblait épargné de toute violence, un parc où les new yorkais vont en pique-nique en toute sécurité. Castle subit ce que les civils subissent en temps de guerre, il est une victime collatérale d’une guerre qui ne le concerne pas.

punisher_2Dans un premier temps, le récit est presque biblique : Castle est un martyr de la société moderne. D’ailleurs, les magnifiques couvertures originales réalisées par Dale Eaglesham le montrent tel un saint torturé entouré de ses enfants affublés d’ailes d’anges. La famille forme une douloureuse Piéta et montre toute la détresse du père incapable d’avoir pu protéger les siens. Dans une seconde couverture, Eaglesham montre un Frank Castle que deux anges tentent de tirer au Ciel pour lui offrir une Assomption tandis que l’envers du décor nous montre un Enfer peuplé de Castle démoniaques. Toute la dichotomie du personnage est exprimée ici. Castle est, à la base, un homme juste et droit, un homme de devoirs, un militaire obéissant et un bon père. Lorsque son univers s’effondre, il devient le Punisher, un individu sans pitié.

punisher_3Le récit de Dan Abnett et Andy Lanning montre toutes les phases de la mutation du personnage. Effondré au milieu des siens, il survit tant bien que mal et passe ensuite par toutes les stades. Son premier réflexe est de faire confiance à la loi qui ne peut évidemment rien pour lui, la corruption lui étant supérieure. Le recours à la justice est un échec patent. Les auteurs posent implicitement la question de l’efficacité du système politico-judiciaire dans une société corrompue. Dans un deuxième temps, Frank est pris en mains par un journaliste sans scrupules qui cherche à exploiter la tragédie dont il fut victime pour faire redémarrer sa carrière. Là encore, les auteurs dénoncent la presse qui se nourrit du malheur d’autrui qu’elle expose au grand public féru de sensations fortes. Frank Castle est alors tenté par la solution du désespoir : le suicide qui lui permettrait de retrouver les siens et de mettre fin à sa souffrance.

La repentance du journaliste McTeer sauve Castle. C’est alors que s’opère la mue du personnage qui, de victime, devient exécuteur. De toutes les solutions, Castle choisit celle qui lui permet d’être acteur de sa vie. Il cesse de s’en remettre à autrui et se saisit de son destin. La société démissionnaire a fait de lui un personnage impitoyable : le Punisher.

Année un est un récit des années 1990, marqué par la guerre du Golfe et par les émeutes de Los Angeles. En septembre 1994, une loi durcissant la lutte contre la criminalité voit le jour, elle veut s’attaquer aux trafics de drogue et permet le recrutement de policiers supplémentaires. C’est dans ce contexte de tensions que ce titre parait. Evidemment, il fait référence aux origines du personnage qui est né bien avant en 1974, mais ce que vit le Punisher est plus que d’actualité lorsqu’Abnett et Lanning réécrivent ses origines. Ils sont servis par le trait massif et puissant de Dale Eaglesham qui est assez caractéristique de cette époque. Castle est un monceau de muscles qui évolue au milieu de personnages filiformes. Pourtant, cet homme massif n’a pu protéger sa famille. Pour obtenir justice, il doit se muer en autre chose. Il revêt donc ce qui sera son emblème : la tête de mort qui affiche clairement la couleur. Castle s’attaque au crime et à ses séides et son jugement est expéditif : il administre la peine de mort.

Frank Castle représente l’ambiguïté de chacun d’entre nous et pose la question essentielle. Que ferions-nous dans son cas ? Accepterions-nous la situation ou agirions-nous ? La vengeance et la lutte contre le crime est ce qui maintient le Punisher en vie. Pour continuer à vivre, il doit tuer mais il tue des criminels. Loin du manichéisme, Castle est un personnage complexe ni héros ni mauvais, c’est un punisseur et non un juge, il voit et agit, il ne fait pas de procès et ne perd pas de temps en arguties juridiques. Il n’est que le produit de la société qui n’a pas su empêcher sa naissance.

Alors, convaincus ?

The Punisher année un est un récit court, sans fioriture, qui reprend fidèlement les origines du personnages en montrant bien tous les aspects du problème : une corruption qui atteint les sommets de la société empêchant la machine judiciaire d’être efficace, une presse assoiffée de scoops malsains et un individu impuissant et victime de règlements de comptes qui ne le concerne en rien.punisher_4

Ce titre convient parfaitement aux néophytes qui voudraient découvrir le Punisher donnant les points essentiels pour mieux appréhender ce personnage passionnant. L’histoire est courte, dense, à l’image du style du dessinateur Dale Eaglesham et peut se lire sans rien connaitre du sujet. Personnellement, je préfère un style plus années 80 et un Punisher plus grand et plus filiforme mais il faut avouer que ce Castle puissant et musculeux fait effet et sert la violence du récit.

Une bonne aubaine à l’heure où Castle apparaît dans la série Daredevil sur Netflix.

Les lecteurs confirmés n’apprendront rien mais pourront lire avec plaisir cette interprétation de la naissance d’un des personnages les plus atypiques de Marvel, un de ceux qui me touchent le plus. Un très bon point à Panini qui a inséré les couvertures originales et quelques crayonnés de belle facture qui rehausse l’intérêt de ce volume.

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2 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. wildstorm dit :

    Je ne savais pas quoi en penser entre Punisher Année un et The End (fraichement sortis), Voilà que tu réponds à la une partie de mes questions. Au premier abord, étant dans la catégorie des anciens lecteurs, je me demandais s’il me fallait une version de plus (surtout que contrairement à toi, je ne suis pas un fan absolu du personnage). Généralement, je prends du « Punisher » surtout à cause de l’auteur (Ennis ou Rucka par exemple). Bref, après ton article, je me laisserais bien tenté…Je ne t’en remercie pas forcément 😉

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    1. darkphoenix73 dit :

      Sincèrement, si tu as la version Ennis, celle-ci est bien en dessous et elle est peut-être avant tout à réserver aux nouveaux lecteurs, mais personnellement, j’aime tellement ce personnage que je peux lire toutes les versions des origines du Punisher. J’ai aussi beaucoup aimé le fait que, quoi qu’il fasse, à chaque fois qu’il se tourne vers quelqu’un, soit ce dernier cherche à l’avoir, soit il est impuissant à pouvoir l’aider ce qui amène Frank à devenir un être sans pitié et solitaire. Bon allez, j’arrête ! Je ne referai pas une nouvelle fois la chronique ;-). J’ai aussi acheté The End mais pas encore lu.

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