[Review] Divinity

Bliss Comics poursuit ses sorties et continue à nous faire découvrir ou redécouvrir l’univers Valiant avec des personnages complètement atypiques qui se rejoignent toutefois dans un vaste monde partagé. Ainsi, qu’on lise n’importe quel titre Valiant, on retrouve toujours des héros croisés ailleurs et ce concept me plait assez. La variété des personnages Valiant qui se rattachent pour certains à la SF, pour d’autres à l’Histoire est également un atout pour l’éditeur car le lecteur est ainsi plongé dans des ambiances très variées.

Avec Divinity, le lecteur se retrouve face à un concept qu’on a déjà pu appréhender dans d’autres titres : un homme devient un dieu…que fait-il alors de cette divinité et comment le monde réagit face à lui. Si l’histoire n’est pas forcément innovante, l’intérêt réside dans son traitement.

Un résumé pour la route

divinity_1Le petit Abram Adams fut abandonné sur le perron du Ministère des Affaires étrangères soviétique en 1941. Le jeune homme est élevé par l’Etat qui décèle très vite en lui un grand potentiel et le sélectionne pour une mission de très haute importance. Cette mission exige une grande abnégation et un total dévouement à la patrie car il s’agit d’envoyer des cosmonautes dans l’espace aux confins de la galaxie pour un voyage qui durera trente ans. Abram doit renoncer à tout projet personnel pour se mettre au service du grand dessein de l’Union soviétique mais ce voyage a des conséquences inattendues : quand Abram revient sur Terre, il est Divinity, il est un dieu…

Divinity est scénarisé par Matt Kindt et dessiné par Trevor Hairsine. Le titre est publié initialement chez Valiant aux Etats-Unis en 2015 et en France chez Bliss Comics en 2016.

On en dit quoi sur Comics have the Power ?

 La trame générale de l’histoire n’offre pas de sentiment de nouveauté : ce n’est pas la première fois que les scénaristes de comics transforment un homme simple et droit en divinité. L’intérêt réside dans la manière dont ce point est traité et ce que le titre véhicule comme message sous-jacent.

L’apparition d’une divinité dans le monde des humains provoque inévitablement quelques remous. Ici, Divinity ne se montre pas hostile une fois son retour sur Terre opéré. Il n’a pas l’air d’en vouloir à ceux qui l’ont envoyé dans un voyage périlleux. Abram devenu dieu semble être revenu pour exaucer les vœux des gens qu’il croise, il apporte visiblement une plénitude à ceux qu’il rencontre. Mais la réaction des gouvernements de la Terre n’est pas très positive puisqu’ils décident d’envoyer l’équipe Unity face à cette surprenante entité.

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Ainsi Matt Kindt illustre parfaitement les travers de l’être humain : attaquer ce qu’il ne comprend pas sans même chercher à en savoir plus. L’attitude de l’équipe Unity est ici étonnante puisqu’elle sert de bras armé sans se poser trop de questions dans un premier temps. Elle est pourtant composée d’individus qui ont subi l’opprobre ou le déracinement.

D’autres humains, subjugués se mettent à croire, à porter leur foi sur cette nouvelle divinité qui offre la réalisation des désirs de chacun et promet de rendre égaux tous les êtres de la planète. Divinity a donc désormais un groupe de disciples qui lui est dévoué corps et âme. Comment vont se comporter ces adeptes ? Jusqu’où sont-il prêts à aller ? Divinity pose donc la question de l’engagement aveugle, de la croyance en un sauveur qui transforme les gens : une bonne ou une mauvaise chose ? La suite des événements le dira sans doute.

Le rythme du récit est assez lent, il s’agit avant tout d’un tome d’installation, Divinity, l’alter ego d’Abram semble flotter sur cette histoire avec beaucoup de distance et pourtant, il ne s’agit pas d’un dieu insensible, il souffre, il regrette certains choix. Aussi divin soit-il, il ne peut changer certaines choses, il ne peut modifier le passé ou influer sur le comportement de ceux qui lui sont chers.

divinity_2Sur le plan graphique, Trevor Hairsine réalise un travail de qualité malgré quelques décors un peu nus. Les personnages dégagent une réelle puissance et un certaine prestance, notamment Divinity qui est plutôt charismatique. Notons enfin le travail éditorial de Bliss Comics qui offre une nouvelle fois un volume très soigné avec en fin d’ouvrage un carnet de croquis et des planches commentées par les auteurs qui éclairent le travail commun entre le scénariste, le dessinateur, l’encreur et le coloriste. Les couvertures qui rythment l’édition sont en outre magnifiques, un vrai régal.

Alors, convaincus ?

Si vous attendez quelque chose de totalement nouveau ou inattendu, vous allez râler car le concept de départ n’est vraiment novateur. Ceux qui aiment les récits qui vont à fond à l’heure trouveront sans doute le rythme un peu lent.

Par contre, si vous aimez les récits qui prennent le temps de s’installer, de fouiller les personnages, de planter tranquillement le décor et le contexte, vous serez séduits par Divinity. La personnalité du personnage principal, Abram est assez attachante voire touchante alors que ses adeptes sont relativement inquiétants. Divinity est un titre assez poétique qui met en scène un personnage idéaliste confronté à un monde aux réactions parfois bien primaires.

Divinity se lit aussi dans la perspective de l’univers partagé de chez Valiant puisqu’on voit apparaître l’équipe Unity qui a droit à son propre comic-book et dont chacun des membres mérite un développement. Bliss Comics a d’ailleurs annoncé le tome 1 de Ninjak pour la rentrée, une occasion de découvrir davantage ce personnage qui joue un rôle important dans ce premier tome de Divinity.

En résumé, Divinity est à conseiller aux lectrices et aux lecteurs qui ont apprécié The Valiant (ce qui est mon cas) car on y retrouve le même type d’écriture fine et sensible. Un petit coucou au traducteur, Stéphane Le Troëdec qui a su restituer l’ambiance particulière de ce beau titre de SF.

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