[Review] Lady Killer

Glénat comics pourrait presque se spécialiser dans l’édition de titres mettant en scène des femmes de forte personnalité si l’on prend en compte des ouvrages comme Lazarus, Bitch Planet, The Infinite Loop ou Pretty Deadly. Voici qu’il faut désormais ajouter le surprenant Lady Killer, un récit que je n’avais pas vu venir et qui est une très belle surprise.

Loin d’être une héroïne, cette Lady Killer est un personnage ambigu qui ne peut laisser indifférent et le lecteur est vite entraîné dans une spirale envoûtante et délicieusement vénéneuse.

Un résumé pour la route

killer_1Lady Killer est scénarisé par Joëlle Jones et Jamie S. Rich. C’est également Joëlle Jones qui assure la partie graphique. Sorti chez Dark Horse aux Etats-Unis, Lady Killer sort chez Glénat Comics en 2016.

Josie Schuller se présente chez Madame Anderson pour lui vendre des cosmétiques. Mais alors que la mégère entourée de ses chiens se laisse séduire par quelques produits, la douce Josie, vendeuse exemplaire, se transforme en tueuse sans merci et poignarde sa cliente sans aucune pitié. Un peu plus tard, Josie rentre à la maison où son mari et ses enfants attendent la mère de famille exemplaire qu’elle paraît être…

On en dit quoi sur Comics have the Power ?

Lady Killer : un titre qui donne tout de suite le ton ! Mais, là où on attendait plutôt une espionne classique, les auteurs nous offrent une tueuse à gages particulièrement surprenante. Évoluant dans une ambiance très années 50, Josie Schuller pourrait être, par son look, la cousine de Jackie Kennedy : une femme modèle, une mère de famille effacée et aimante, habillée d’une robe bien sage et d’un collier de perles, qui attend son mari et ses enfants tranquillement à la cuisine.

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Or, il n’est rien : c’est à un Dexter doublée d’un Hitman en jupons que le lecteur doit faire face ! Une tueuse impitoyable, redoutable et sans aucun état d’âme en apparence. Le décalage entre son apparence de femme américaine typique des années 50 et sa véritable nature est particulièrement jouissif.

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Josie n’est pas une marginale, elle est bien insérée dans cette société des années 50 dans laquelle une femme n’a de place qu’au foyer. Pourtant, Joëlle Jones et Jamie S. Rich ne font pas de l’entourage de Josie une caricature : son mari est aimant mais pas aussi retro qu’on pourrait le penser mais il est d’une naïveté confondante! Par contre, Josie est affublée d’une belle-mère d’origine germanique acariâtre et soupçonneuse dont on se demande bien comment elle va terminer à force de harceler sa belle-fille.

Le volet plus sombre de la vie de Josie Schuller est au contraire loin d’être de tout repos : elle doit honorer des contrats à des horaires impossibles et cumuler des missions dangereuses et chronophages avec sa vie de famille bien rangée. Un paradoxe qui ne va pas forcément arranger ses relations avec un employeur exigeant dont on ne sait pas grand chose.

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Les scénaristes parviennent très bien à la fois à nous rendre ce personnage sympathique malgré toute l’horreur de ses actes et à nous faire culpabiliser de s’y attacher. Oui, ses actes sont abominables, oui Josie est cynique mais c’est si bon. Et puis en filigrane vient cette interrogation : pour s’émanciper du carcan d’une société patriarcale, la femme n’a-t-elle d’autre choix que de mentir et de tuer ? Faut-il y voir une métaphore du meurtre d’une société finissante, celle de l’Amérique des années 1950 gangrenée de préjugés sexistes et raciaux dont l’employeur de Josie est le représentant archétypal lorsqu’il lui demande de choisir entre son « métier » et sa vie de famille.

Alors convaincus ?

Tant par son scénario tout en subtilités qui balance entre l’extrême violence et une douceur suave entêtante que par son esthétique délicatement vintage, Lady Killer est une vraie belle découverte. Le dessin est fascinant, en particulier par le soin apporté aux costumes, les visages rappellent certains Disney des années 1960 et les couleurs assez flashy offre aux planches un dynamisme au charme désuet.

Le cliffhanger est soigné et donne inévitablement envie de se jeter sur la suite. Ce titre sordidement savoureux est à découvrir d’urgence !

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