Une Wonder Woman d’anthologie

Pour celles et ceux qui, comme moi, ont quelques lacunes, les anthologies rendent quelques précieux services et le moins qu’on puisse dire, c’est que Panini et Urban Comics l’ont bien compris puisque les deux éditeurs les enchaînent assez régulièrement, la sortie des films Marvel ou DC en étant souvent le prétexte.

wonder_3

Wonder Woman anthologie me tentait beaucoup car, en faisant le point, j’ai pu me rendre compte que je n’avais pas beaucoup lu d’ouvrages mettant en scène la Princesse amazone. En discutant avec Katchoo du Lesbian Geek, nous avons fait le constat amer qu’on parlait beaucoup de Wonder Woman sans avoir finalement pu beaucoup en lire en VF. C’est assez vrai et je dois reconnaître que j’ai en effet peu lu de titres Wonder Woman à part deux ou trois aventures isolées, un TPB intitulé Paradis Perdu, sorti à l’époque chez Panini comics dû au talent de Phil Jimenez et George Pérez dont j’ai vainement attendu la suite.

Enfin, j’ai pu lire dernièrement le run de Brian Azzarello et Cliff Chiang et le premier tome de celui des Finch. C’est vous dire combien je suis novice dans le domaine à mon grand regret. Finalement, la Wonder Woman que je connais le mieux est celle que j’ai vue à la télé dans mon enfance, l’Amazone incarnée par Lynda Carter.

Un résumé pour la route :

wonder_1Wonder Woman anthologie regroupe dix-huit récits qui vont de l’épisode de William Moulton Marston évoquant les origines de la Princesse à un récit d’Amy Chu datant de 2015 qui montre combien Wonder Woman peut inspirer les femmes dans leurs combats. Le lecteur parcourt ainsi les années 1940 où la guerre bat son plein, la période de la guerre froide et les années 1970 où Diana perd ses pouvoirs pour arriver aux années fantastiques des George Pérez, Phil Jimenez ou John Byrne pour citer les plus grands. Enfin, le volume se clôt par des récits plus contemporains aux préoccupations diverses. Cette anthologie est parue chez Urban Comics en 2016.

On en dit quoi sur Comics have the Power ?

Un ouvrage de ce type est une vraie bonne porte d’entrée pour les néophytes. Cette anthologie est accompagnée d’une très belle préface de Lynda Carter dont l’interprétation reste dans nos mémoires. Chacune des histoires est précédée d’une introduction qui donne le contexte et la resitue dans la chronologie du personnage. Ainsi, le lecteur novice n’est pas complètement perdu.

Evidemment, les aventures des années 1940 peuvent paraître bien désuètes pour un jeune lecteur du début du XXIe siècle. Et pourtant, il faut se rappeler en parcourant ces pages que Wonder Woman est née de l’imagination fertile de Marston en 1941. L’auteur avait posé une mythologie originale et présenté des origines liées aux divinités antiques et plutôt inhabituelles : un peuple de femmes nées de la glaise, façonnées par Aphrodite. Le monde masculin est présenté comme barbare (Arès, dieu de la Guerre et une grosse brute : Hercule) et la déesse de l’Amour a remplacé le dieu chrétien puisqu’elle crée ses amazones à partir de la glaise de la même manière que Dieu a donné vie à Adam.

wonder_2

Les aventures suivantes mettent aux prises Wonder Woman avec des ennemis qu’elle retrouvera plus tard mais on la voit aussi accéder à la présidence des Etats-Unis – ce qui est plutôt précurseur puisque dans la réalité, nous n’en sommes encore pas là. Le seul aspect agaçant est son amour dévot pour Steve Trevor qui lui fait regretter sa victoire ou, par la suite, quitter son statut quasi divin pour protéger celui qu’elle aime, mais pas assez pour répondre à sa demande de mariage. On voit bien combien son statut est délicat pour les scénaristes qui ne savent pas toujours quoi faire avec une super-héroïne émancipée. La réponse des années 1970 est de lui faire perdre ses pouvoirs et de la transformer en fashion victim…en pleine période d’émancipation de la femme et de combats féministes, on ne pouvait pas être plus à contre-emploi !

Fort heureusement, l’Amazone est particulièrement bien servie par George Pérez, John Byrne ou Phil Jimenez dans les années 1980. La relecture des origines par Pérez est un magnifique moment d’anthologie tant pour un scénario qui respecte celui de Marston que pour un dessin qui sert son sujet de manière brillante. Quant à l’épisode de Jimenez post 11 septembre qui voit Wonder Woman retrouver ses sœurs et obtenir le pardon posthume de sa mère, il est d’une beauté à tomber.

wonder_4

J’ai, pour ma part, aussi beaucoup apprécié l’épisode mettant aux prises la jeune Diana avec le Minotaure, une histoire empreinte de tendresse et de magnanimité. Par contre, je confesse que je n’ai pas du tout accroché aux changements qu’Azzarello a opéré dans les origines de Wonder Woman. Fallait-il absolument que l’Amazone ait un « papa et une maman »aussi divins soient-ils ? Fallait-il l’affubler d’une famille encombrante alors qu’elle avait une famille de cœur au sein des amazones. Fallait-il transformer ces fières guerrières en femmes aigries recroquevillées sur des préjugés ? Ce run est bien écrit mais totalement destructeur dans le cadre de la mythologie de Wonder Woman et va, me semble-t-il à l’inverse, de toute ce qui avait été construit jusqu’ici.

L’épisode de clôture montrant une femme militaire qui s’inspire de Wonder Woman pour puiser la force d’accomplir sa mission est aussi assez bien écrit.

Alors convaincus ?

Une anthologie est toujours assez frustrante et on peut toujours se dire qu’on aurait préféré telle ou telle aventure ou au contraire pouvoir en lire certaines en intégralité. Mais cette anthologie est aussi une formidable opportunité pour connaître un peu mieux Wonder Woman, ce personnage qui mériterait d’être encore davantage mis en avant et dont on souhaiterait pouvoir lire les aventures de la période dorée des George Pérez ou Phil Jimenez. J’avoue que j’appelle ces rééditions de mes vœux étant particulièrement peu convaincue par Superman / Wonder Woman par exemple. Cette anthologie est d’autant plus réussie qu’elle est dotée d’un plan solide et de textes de présentation particulièrement bien rédigés et fort utiles pour comprendre le contexte d’écriture des aventures de l’Amazone. C’est pourquoi, je conseille ce récit à celles et ceux qui voudraient faire connaissance avec le personnage ou qui voudraient avoir un aperçu chronologique de l’évolution de Wonder Woman sur 75 ans.

wonder_5

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s